par Charles Demoulin
5 avril 2026
Il y a peu, lors d’une séance de dédicaces à Verviers, en province de Liège, j’ai eu l’occasion de rencontrer nombre d’écrivains de cette région. L’occasion aussi de vous présenter leurs œuvres qui, pour certains, sont en autoédition. Qu’importe, leur adresse mail sera là si vous désirez vous procurer l’ouvrage.
‘La Vesdre meurtrière’, de Lyndia Bastin chez [email protected]
Tous les 325 du mois, un serial killer, qui se fait appeler Joker, téléphone au commissaire Sean Vergos pour lui indiquer le lieu où il trouvera une victime.
Il s’agit toujours de jeunes femmes qu’il a séduites via des sites de rencontre sur Internet et qui sont violemment torturées avant d’être tuées.
Le commissaire Vergos est peut-être trop émotif et colérique pour s’en sortir seul, heureusement il a à ses côtés le brillant inspecteur Grégory Hellas, qui lui, garde toujours sa lucidité.
Grâce à des chapitres extrêmement courts, Lyndia Bastin fait en sorte que lecteur a envie d’en lire un de plus, puis un de plus, puis… Et c’est vrai que l’enquête est à ce point captivante, qu’on ne veut pas fermer le livre avant d’atteindre le mot fin…
Une enquête rythmée à souhait et qui, parfois, vous glace le sang, tant certaines scènes de torture dépassent l’imaginaire. Et pourtant, ce livre, remarquablement conçu, est du genre que l’on savoure au fur et à mesure que l’on tourne ses pages… avec toutefois une tasse de camomille à portée de main pour les personnes sensibles.
‘La maison des pleurs’, de Meg Maine chez [email protected]
Du 13 au 16 juillet 2021, la Wallonie connaissait les pires inondations de son histoire moderne avec, au-delà d’un bilan matériel catastrophique, 39 personnes décédées.
Originaire de la région, l’auteure avait depuis quelque temps déjà l’idée d’un récit où il serait question d’un manoir hanté. Tout était en place, sauf qu’il lui manquait le fil rouge. C’est lors d’une promenade que, découvrant une maison rescapée, mais toujours marquée par ces inondations, la pièce manquante lui est apparue. Avec, pour résultat, cet ouvrage qui se veut un coup de cœur, et qui vous restera longtemps dans la tête.
Quand Éléonore, Damien et Esther, leur petite fille, emménagent dans leur nouvelle maison inondée deux ans plus tôt, ils aspirent à un nouveau départ. Mais c’est sans compter sur les disputes. Les comportements étranges. Les phénomènes inexplicables. La disparition. Et ces pleurs… Ces pleurs constants.
Un huis clos qui vous tient constamment en haleine. Une ambiance qui vous met d’emblée mal à l’aise. Une Meg Maine qui s’amuse à vous plonger dans une horreur psychologique en y ajoutant quelques piments venus du paranormal. Tout cela sans oublier tous ces thèmes abordés et qui, d’actualité pour nombre d’entre eux, sont porteurs de profonds traumatismes.
Et pourtant, malgré toute cette noirceur, c’est un livre et une auteure que je vous conseille vivement de découvrir.
‘Je n’étais pas malade, j’avais un cancer’, d’Isabelle Delhez chez [email protected]
Qui mieux que l’auteure pouvait nous parler de ce récit initiatique écrit à partir d’une épreuve de vie, et qui, au-delà de parler de ce ‘crabe’ qui l’a longtemps dévorée, entend balayer large en parlant également de notre bien-être physique et mental en général ? D’autre part, je pense que vous apprécierez la structure narrative dont se sert l’auteure pour vous conter ce voyage au cœur d’elle-même.
« Ce livre dévoile un passage. Une traversée. Un voyage au cœur de soi, où l’épreuve révèle ce qui, en silence, veille depuis toujours. Il ne donne pas de recettes. Il déplie des fragments. Des élans d’âme, des éclats de vie, des questions posées à la lumière. Il parle de reliance, d’intuition, de ce qui palpite quand tout vacille. Il parle de beauté, même dans la chute. Pour celles et ceux qui osent écouter ce qui ne fait pas de bruit. Ressentir ce qui ne se voit pas. »
En fait, comme le précisait Isabelle Delhez, raconter des histoires à d’autres pour que, peut-être, leur peur soit moins grande est ce qu’elle a entendu faire. Aborder le cancer comme une toile de reliance qui puisse prendre de la puissance dans le collectif. Prioriser le tissage d’un voile d’amour, à celui d’un voile de peur.
Dans l’agitation ambiante, ce livre vient questionner en chacun de nous le sens de la vie, de nos vies. L’importance du lien, celle de notre santé tant physique que mentale. Un énorme moment de bien-être pour ceux et celles qui luttent encore contre cette maladie. Un moment de rappel et de douceur pour ceux et celles qui sont en rémission.
‘Hurricane’, de Pierre Stembert chez Hexachordos
Quand une série d’assassinats frappe plusieurs continents, le commissaire Évariste Ronsin, surnommé Hurricane, est rappelé aux affaires.
Derrière ces meurtres se cache une toile d’espionnage internationale où se croisent agents américains, espions russes et une secte millénaire : les Haschischins.
De Paris à New York, de Delhi aux plages de Normandie, Hurricane poursuit la trace d’un criminel qui change d’identité comme de peau. Entre amour, devoir et vengeance, il affronte ses propres démons et découvre que les pires ennemis sont parfois ceux que l’on croyait alliés.
Roman d’action et d’émotion, ‘Hurricane’ mêle intrigue policière, espionnage et drames humains dans un tourbillon où rien n’est jamais tout blanc ni tout noir. Le rythme est soutenu. L’action, qui dégage une forte charge émotionnelle, prend une dimension internationale. D’autre part, côté écriture et structure du roman, le chemin de vie professionnelle de l’auteur est là pour tout expliquer. C’est ‘vachement’ bien élaboré avec une écriture fluide et descriptive à souhait.
Il faut savoir que notre homme, notamment directeur du Grand Théâtre de Verviers durant plus de 25 ans, s’est passionné pour l’écriture de romans policiers. Romans pour lesquels il trouve souvent son inspiration dans de petits faits divers.
C’est ainsi qu’il explique que pour ‘Hurricane’, alors qu’il était sur sa terrasse à regarder le ciel bleu, il s’est interrogé sur les traînées blanches que laissaient les avions derrière eux. Se posant alors la question que si un jour, à ces mêmes heures, un avion ne passait pas, que se serait-il produit ? Détournement ? Accident ? Prise d’otages ?
Un ouvrage qui va vous mettre en appétit pour suivre les nombreux romans, polars et autres thrillers que signe cet auteur plus que talentueux.
‘Libellus’, de Ronald Goffart chez Empaj Éditions
Quel est ce mystérieux Libellus qui attise tant la convoitise d’un nombre croissant de fanatiques ? Son contenu renferme-t-il un secret à ce point menaçant ?
L’énigme du lieu où des chevaliers templiers auraient caché ce livre tient sans doute dans une croix découverte par Sandro Del Piero. Mais lorsqu’il ramasse ce curieux pendentif oublié par des voleurs dans l’abbaye cistercienne du Val-Dieu, il est surtout
préoccupé par l’inquiétante disparition de son frère musicien. Le médaillon qu’il lui a offert est peut-être son dernier cadeau ! Mais que doit-il lui révéler ?
Une double enquête à rebondissements entraînera ainsi le jeune padre jusqu’à Venise, aux côtés d’une inspectrice de police qui ne se trouve pas seulement être qu’une ancienne condisciple…
Le cœur des deux amis chavirera, tandis que leur chemin sera entravé par d’étranges agents désireux de s’emparer, eux aussi, du Libellus. Ce avec l’intention de le soumettre à de sombres desseins !
Sur fond d’Histoire et d’histoire d’amour impossible, cette intrigue, savamment tissée et menée l’espace de quelque 690 pages est remarquablement documentée. Elle va même voir entrer en scène des chevaliers templiers, impliqués dans cette énigme palpitante, que l’auteur a toutefois pimentée de quelques touches d’humour. De quoi vous happer dès les premières pages, sans jamais plus vous lâcher. Belle découverte !
‘Le mystérieux lilas bleu’, de Christian Büsch au Lys Bleu
À la veille de Noël, Vincent Dubois, un veuf solitaire, croise la route d’Isabella, une femme en grande détresse morale et financière. Leur rencontre marque le début d’une série d’événements inattendus qui les plonge dans un univers fascinant où truffes et vin se mêlent aux mystères des Templiers.
À Richerenches, capitale de la truffe, Vincent découvre les arcanes d’un domaine viticole et truffier, tout en se retrouvant face à des forces obscures rattachées à une organisation secrète, la ‘Commanderie JR’.
Dans un monde brutal et cupide, leur lien fragile et leur quête de justice les conduiront à une vérité bien plus ancienne et dangereuse qu’ils ne l’imaginaient.
Quand on vous dira que Christian Büsch est architecte-urbaniste, vous comprendrez aisément pourquoi notre homme est passé maître dans l’art de description du moindre détail. Pourquoi ses phrases sont délicatement charpentées. Pourquoi on a l’impression de vivre à l’intérieure même du récit. Un peu comme si l’on était là en… observateur.
L’homme adore faire dialoguer ses personnages. Et Dieu sait si les personnages centraux se questionnent tout au long de ce roman aux senteurs de… lilas, de raisin, de truffe, mais aussi de peur. Au fond, et à bien y regarder, ce roman est conçu comme un scénario de film. C’est vrai que c’est là une des spécialités de l’auteur.
‘Où es-tu Zora ?’, de Jean-Paul Christophe chez [email protected]
Après avoir terminé leurs études, Zora et Anja, deux jeunes filles slovènes, partent en voyage à travers l’Europe. Sans avoir un itinéraire bien précis, elles s’arrêtent à Liège, où elles disparaissent.
Andrej Kowalski, le père de Zora, un ancien délinquant, se met à sa recherche. Malgré ses efforts, il lui sera impossible de retrouver sa trace au-delà de la cité mosane. En désespoir de cause, craignant de se rendre à la police, il fait appel à une agence de détectives privés qui, parmi ses compétences, affiche : «Recherche de personnes disparues.»
La jeune Alex Joly et son vieil associé, Jean-Jacques Delvoie, mènent l’enquête. Toutefois, celle-ci comporte nombre de risques, car l’univers dans lequel gravite le sieur Kowalski, peut se révéler dangereux.
Comme il nous l’expliquait, l’auteur, avec son personnage féminin d’Alex Joly, a tout d’abord voulu créer une détective moderne, en adéquation la plus totale avec son temps. Au-delà, bien que ce récit soit articulé autour de faits divers réels et de lieux existants, il a désiré faire de son ouvrage une fiction. Quant aux endroits clés inhérents au réel, ils ont été déplacés.
Une chose est certaine, dès la première page, l’on se trouve embarqué dans un incroyable suspense qui vous tient en haleine jusqu’à l’arrivée du mot fin. Suspense à travers lequel vous serez tour à tour confronté au milieu de la drogue et de la prostitution.
À quand la prochaine enquête d’Alex Joly ? Ceci tant Jean-Paul Christophe à l’art de nous embarquer dans des récits qui s’avèrent addictifs !
‘Au revoir, docteur !’, d’Aude Lemaire chez Zaloé Éditions
Léna est médecin, dévouée à ses patients, mais rongée par une solitude écrasante. Une nuit, au bord du gouffre, elle prend une terrible décision. Mais peut-on vraiment s’effacer quand la vie, même dans sa cruauté, continue de murmurer des raisons de rester ?
Entre souvenirs d’enfance, désillusions et instants d’une troublante lucidité, elle vacille entre renoncement et espoir.
Un récit intense sur la résilience et la quête de sens, où la détresse côtoie la tendresse, où l’humour surgit là où on l’attend le moins. Un hommage vibrant à une vocation, à ceux qui souffrent, et à ceux qui soignent.
Aude Lemaire est médecin généraliste et s’efforce chaque jour de rester humaine et dévouée à ses patients. Avec ‘Au Revoir, Docteur !’, elle donne à voir les tourments, mais surtout la richesse de son métier, entre doutes et éclats de lumière. De la petite fille complexée à la femme médecin accomplie, elle tisse une histoire où réalité et fiction s’entrelacent, offrant une autofiction troublante de sincérité.
Ce récit, écrit d’une écriture fluide et axée sur des descriptions aussi que chirurgicales, c’est vrai qu’Aude Lemaire baigne dans ce milieu, semble être tout simplement celui d’une biographie subtilement réinventée. Une autofiction comme on dit dans le jargon. Mais quelle autofiction ! Un ouvrage éclairant que l’on vous recommande vivement à une époque où le manque de médecins généralistes devient interpellant.
‘L’escalier’, de Jean-Marie Kreusch chez [email protected] jeanmarie_kreusch
3848… et quelques. Voilà le nombre de marches que l’auteur vous invite à grimper sur l’escalier qui vous conduira, en compagnie du personnage de ce roman, vers un destin. Lequel ? À vous de voir !
En fait, ce livre vous propose un long conte qui se veut parfois poétique ou alors qui alterne le noir et la beauté. Cependant, il dérive aussi de temps à autre aux confins du fantastique, à moins que ce soit aux abords d’une réalité regardée autrement. Comme le précise l’auteur, c’est une littérature qui pénètre l’étrange et l’imaginaire… le sien. Un étrange et un imaginaire qui au fil des pages deviendra peut-être le vôtre.
Comme il l’expliquait sur les réseaux, ce roman, l’auteur l’a voulu initiatique. Mais une initiation qui se veut nettement teintée de romanesque. Celle d’un destin qui va en croiser beaucoup d’autres.
Suivant les cinquante et un sujets abordés lors de cette incroyable montée de marches, la plume de Jean-Marie-Kreusch devient tantôt poétique, tantôt littéraire, tantôt rêveuse, tantôt hyper descriptive, tantôt interrogative… C’est vrai que notre homme possède en lui cet art de jongler avec les mots. Mieux encore, l’aphorisme est devenu sa récréation.
Un ouvrage qui ne se lit pas, mais qui se déguste tout au long de cette montée vers des frontières propres à l’auteur, mais qu’il voudrait également faire vôtre.
‘Odyssée’, de Rosa Cerami chez [email protected]
Pourquoi ne pas terminer ce petit tour non exhaustif d’auteur(e)s de la région verviétoise par l’ouvrage de Rosa Cerami, une Sicilienne ayant débarqué en Belgique avec sa famille, et ce alors qu’elle n’avait qu’un an ? Une gente dame qui a décidé de nous conter son histoire et ses ressentis uniquement par le biais de la poésie.
C’est vrai qu’avec ‘Odyssée’, Rosa Cerami prend son lectorat par la main et lui chuchote : « Faisons ensemble ce voyage, celui-là même que tu redoutes tant ». Et c’est parti pour une traversée humaine, où se croisent, sans crier gare, des traversées de douleurs et d’émerveillements.
Un long voyage tout en sensibilité où les descentes en enfer alternent avec des respirations salvatrices. Les épreuves subies notamment par l’auteure sont celles de l’émigration d’une famille sicilienne, d’une filiation fragmentée, d’amours pas toujours à la hauteur.
La lumière, c’est le souvenir consolateur d’une mère, le bonheur inégalé de donner naissance et aussi les petits bonheurs simples. Mais il y a plus que cela encore : une renaissance définitive a lieu, car un phénix renaît de ses cendres grâce au pouvoir de l’amour. S’abreuver à cet élixir puissant et enfin devenir soi-même : lâcher prise, vivre follement sa vie de ‘Femme’… et après, revivre.
Lire, tous ces moments de vie inhérents à l’auteure, moments écrits dans une sensibilité poétique à fleur de peau, va vous plonger dans ce qui a été et est encore son expérience personnelle. Et peut-être même que dans certains de ces moments, vous allez vous reconnaître.
Alors, avec elle comme guide averti, je vous conseille de faire ce voyage qui va vous bouleverser. Illustré de plusieurs aquarelles réalisées par des artistes locaux, ‘Odyssée’ peut également être commandé à la FNAC ou chez Amazone.
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