par Charles Demoulin
22 mars 2026
En ces temps plus que troublés où le monde se demande s’il ne tourne pas à l’envers, s’évader sans pour autant faire l’autruche est devenu chose nécessaire. Dès lors, pourquoi ne pas se réfugier dans la lecture, manière d’oublier ces gros nuages noirs qui planent sur nos têtes ?
‘Deepfake mon amour’, d’Yzabel Dzisky chez Flammarion
Yzabel, scénariste et passionnée de poker, mère divorcée de 45 ans, tombe sous le charme d’un homme idéal rencontré en ligne. Mais derrière les mots tendres et les regards séduisants échangés par écran interposé, se cache une réalité bien plus sombre : cet homme n’existe pas.
Usurpé par un Deepfake, cette technologie qui manipule les vidéos et les visages, le personnage dont elle est tombée amoureuse n’est qu’un mirage, une illusion savamment orchestrée.
Bravant la dépression qui la guette, elle va se confronter à l’homme mystérieux qui l’a dupée et partir à la rencontre du véritable homme derrière l’identité volée : Murat, un médecin turc.
Entre Los Angeles, Paris, Istanbul et les méandres de ses émotions, elle découvre que l’illusion a ouvert la porte à une vérité plus profonde qu’elle n’aurait osé imaginer. Mais peut-on bâtir une histoire sur des fondations si fragiles ? Peut-on aimer pour de vrai après avoir aimé une ombre ?
Yzabel Dzisky est comédienne, scénariste, réalisatrice et également thérapeute. ‘Deepfake mon amour’ est son premier roman et… son histoire. Une histoire dont elle veut se servir afin que d’autres femmes ne tombent pas dans ce piège, beaucoup trop beau, dans lequel plane l’ombre de l’IA, et dans lequel elle est tombée.
‘Ne pas déranger’, de B.K. Borison chez Verso
Evelyn St James n’est pas le genre de femme qu’on oublie. Beckett Porter en sait quelque chose. Un seul week-end torride dans le Maine a suffi à ruiner sa tranquillité d’esprit : Evie l’a complètement ensorcelé.
C’est plus fort que lui, il n’arrête pas de penser à elle. Alors, quand elle débarque à la ferme pour une histoire de concours en ligne, il est plus que troublé. Comment aurait-il pu deviner que la bombe rencontrée dans un bar n’était autre qu’Evelyn St James, icône des réseaux sociaux suivie par des millions de fans ?
De son côté, Evie cherche à fuir une vie devenue trop artificielle. En quête de sens, elle revient alors à Lovelight Farms, le dernier endroit où elle s’est sentie pleinement elle-même.
Cet ouvrage est tiré de la série saisonnière ‘Lovelight’. Série qui, en hiver 2025, nous a livré ‘Lovelight Farms’, suivi par ‘Ne pas déranger’… au printemps. D’ores et en Francel’été tandis que ‘Affaires de cœur’ marquera en septembre l’arrivée de l’automne.
Le genre d’ouvrage qui récrée à 100%. Le genre de récit qui va vous donner l’envie de lire au plus vite le suivant. Mais pour cela, il vous faudra attendre jusqu’en juin.
‘Rattrapé par la vie’, de Thomas Baillet chez Plon
Qui, mieux que l’auteur, pouvait vous expliquer cet ouvrage ? Du coup, nous le laissons s’exprimer.
« Je suis né avec une maladie qui m’a appris très tôt que la vie se gagne à chaque souffle. La mucoviscidose n’était pas une épreuve passagère, mais mon quotidien. Traitements interminables, hospitalisations, fatigue permanente. Pendant des années, j’ai vécu comme un condamné, à regarder les autres courir, rire, vivre… La gymnastique a été ma bouée. À la salle, entre les barres et les trampolines, j’ai cherché une respiration qui ne me trahisse pas. Je me suis construit dans l’effort, la discipline et la rage de ne pas me laisser réduire à une étiquette. Mais la maladie a continué à ronger mon corps, jusqu’à ce que la mort devienne une promesse quotidienne. Puis un miracle est arrivé : un nouveau médicament, une chance inespérée, une porte ouverte vers l’avenir. La greffe, la renaissance, l’effondrement aussi, quand j’ai constaté le vide qui s’ouvrait devant moi. J’ai touché le fond. Qui étais-je réellement sans ce costume ? Et pourtant, j’ai réappris à respirer, marcher, rêver, aimer. Bref, à exister. Ce livre raconte ce passage brutal du silence à la vie, la reconstruction après l’orage, et la force qu’il faut pour renaître alors que tout semblait terminé. »
Cette mucoviscidose a connu un fort moment de médiatisation à l’époque de Grégory Lemarchal vainqueur de la quatrième saison de ‘La Star Academy’ et atteint de ce mal dont il allait décéder peu de temps après. Quant à Thomas Baillet, c’est de façon plus qu’émouvante qu’il nous restitue son parcours vers ce qui devait être le mot fin, et qui, suite à une incroyable découverte, a vu son destin totalement bouleversé. Sa seconde… naissance.
‘J’espère que vous allez bien’, de Lorenzo Morello chez M.E.O.
«Il», après que sa mère les a abandonnés, n’a jamais pu gagner l’estime d’un père hautain, self-made-man ayant ‘réussi dans la vie’. Il ne réussit guère mieux auprès des femmes, qui toutes le quittent après une brève vie commune.
Devenu par hasard écrivain en mal de succès, riche par héritage, solitaire et désabusé, il vit au rez-de-chaussée d’une vieille bâtisse rénovée à grands frais, dont il est propriétaire, entretenant une vague liaison épisodique avec l’ex-maîtresse de son père.
«Elle», jeune influenceuse à succès, emménage au premier. Deux univers que tout oppose. Et qui pourtant vont devoir coexister vaille que vaille, non sans grincements…
Dans ce qui est son cinquième opus, Lorenzo Morello dissèque notre époque tout en explorant nos désirs, nos failles, nos illusions, nos petites lâchetés, l’écartèlement entre le besoin d’exister aux yeux des autres et la soif d’authenticité.
Par le biais d’une écriture incisive, l‘auteur nous offre un roman sensible et mordant sur des thèmes ô combien contemporains ! Le genre de roman ‘réflexion’ qui ne sera pas sans laisser quelques traces.
‘La pêche au chalut’, de Laure Castillo chez Albin Michel
Céline pensait avoir apprivoisé le vide et s’était convaincue que solitude pouvait rimer avec sérénité. À cinquante-trois ans, alors que sa fille s’apprête à quitter le nid, elle se demande si un nouveau chapitre, plus audacieux, ne pourrait pas commencer.
C’est vrai que lorsque le kiné a massé son bras il y a peu, elle a réalisé que c’était la première main d’homme qui touchait son corps depuis des années. La sensation était agréable, la pensée l’était moins. Du coup, aujourd’hui, elle a envie de revivre une histoire avec un homme.
Céline plonge alors dans l’univers des rencontres en ligne, entre rires, doutes et échanges improbables. De Lyon à Paris, de textos maladroits en rendez-vous inattendus, elle explore les méandres du désir moderne et de ses propres cicatrices tout en interrogeant son regard sur les hommes. Et, qui sait, la rencontre attend peut-être Céline là où elle l’imagine le moins.
Inspiré de l’expérience personnelle de l’autrice sur les applis de rencontres, ‘La Pêche au chalut’ mêle humour et introspection. Roman acide, comédie de mœurs rythmée, qu’il est réjouissant de suivre Céline et ses déconvenues ! Ou mieux encore : une quinqua sur le marché de l’amour.
Ou alors, quand un quotidien insipide devient source de comédie débridée inattendue qui déclenchera souvent l’utilisation de vos zygomatiques. Chose bienvenue en ces moments où le rire n’est pas souvent invité dans nombre de foyers.
‘Une place à soi’, de Joannic Royer Bellais chez Fleuve
Père au foyer au bord de la crise de nerfs, Frédéric part à Londres sur un coup de tête. S’il veut revoir cet ami qu’il a laissé tomber trente ans plus tôt sur le quai du ferry, c’est maintenant ou jamais.
Il a toujours un peu manqué de courage, il le sait. Alors, quand tout semble s’opposer à son projet, cette fois, il refuse de renoncer, quitte à accepter la proposition insolite d’un inconnu : convoyer une Ford Mustang 1965 jusqu’à Londres. Mais la belle Américaine ne lui a pas été confiée seule.
À bord, deux enfants syriens, Selim, 17 ans, et sa sœur Lamia, 9 ans, cherchent eux aussi à atteindre l’Angleterre. Pour eux, c’est la promesse d’une terre d’asile et la fin de l’errance. Leur présence bouleverse les plans de Frédéric. Pourtant, guidé par l’instinct paternel, il n’a qu’une certitude : il ne peut pas les abandonner là.
Un road trip inattendu, deux enfants à sauver, une vie à réinventer. Parce qu’on cherche tous quelque part une place à soi. Un roman joliment écrit, rempli d’humanité et qui nous questionne sur notre place dans un mode qui semble tourner à l’envers.
‘Quand elle dansait sous la pluie’, de Trude Teige chez City
Après la mort de ses grands-parents, Juni retourne dans leur maison située sur une petite île, au large des côtes norvégiennes. En fouillant dans leurs souvenirs, elle trouve une photo montrant sa grand-mère avec un jeune soldat allemand. Qui est cet homme dont elle n’a jamais entendu parler ?
Afin de combler les silences et les secrets de l’histoire familiale, Juni se lance dans une quête de vérité. Les indices la conduisent à Berlin et dans une petite ville d’Allemagne de l’Est, occupée par les Russes après la guerre.
Peu à peu, elle découvre un amour impossible et une inimaginable tragédie au cœur de la vie de sa grand-mère, cette femme que Juni voyait danser sous la pluie lors des moments difficiles. Danser sous la pluie pour oublier, parce que rien ne pouvait être aussi tragique que ce qu’elle avait vécu à cette époque. Ce que Juni découvre va bouleverser son propre destin à tout jamais.
Un roman puissant, inspiré d’une histoire vraie. Un roman envoûtant, profondément humain et impressionnant dans lequel gravitent trois générations de femmes liées par un tragique secret.
‘à qui profite la lutte ?’ de Léa Chamboncel chez Belfond
Comment porter efficacement les luttes politiques dans une société qui glorifie la réussite personnelle ?
Dans ce nouvel essai, Léa Chamboncel s’interroge sur les limites de notre système politique et militant et imagine une autre manière d’incarner le pouvoir, plus collective et plus participative.
Si les réseaux sociaux et la médiatisation des personnalités demeurent une formidable caisse de résonance pour les luttes contemporaines, ils apportent aussi leurs lots de dérives et compromettent grandement notre puissance collective.
En s’intéressant à la personnification des luttes et de la politique, Léa Chamboncel met le doigt sur un sujet très actuel. Elle en décrypte les ramifications et les impasses, avant de donner des pistes pour une repolitisation centrée sur le collectif et la capacité à penser ensemble.
Et quand on parle de repolitisation, voilà un sujet qui tombe à point nommé en ces moments où arrivent en France les grandes campagnes électorales.
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