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Un peu de tout. Reste maintenant à vous de choisir le roman qui vous plaît

par Charles Demoulin

1 mars 2026

Comme d’habitude, les romans proposés cette semaine touchent nombre de genres littéraires. Deux petites remarques toutefois, malgré son titre, l’ouvrage d’Olivia Ford n’est pas un livre de recettes. Quant à la maison d’édition ‘La place’, qui débarque dans nos colonnes, elle s’attache à offrir des livres qui bousculent les formes et les catégories. Vous jugerez par vous-mêmes !

‘Les secrets de cuisine de Mrs Quinn’, d’Olivia Ford aux Escales

Jenny a 77 ans, un mari aimant… et un rêve à réaliser. Passionnée de pâtisserie, elle envoie en secret sa candidature à une émission culinaire populaire. Et elle est retenue !

Devant les caméras, Jenny prend son envol. Mais le stress de la compétition réveille des souvenirs enfouis. Des biscuits au chocolat garnis de meringue italienne lui rappellent une alliance qui n’était pas la sienne, et un simple pain de campagne le moment précis où sa vie a basculé pour toujours…

Avec le passé qui s’invite dans le présent et sa célébrité grandissante, Jenny peine à contenir un secret vieux de plusieurs décennies, et qui menace aujourd’hui les fondations mêmes de son mariage. En se plaçant sous les feux de la rampe, Jenny a-t-elle créé la recette d’un désastre ?

Voilà un ouvrage fait pour plaire à tous les ‘séniors’, et qui les incitera à ne pas penser qu’à leur âge, on n’a plus guère de projets. Au-delà, ce récit se veut une tendre et bien jolie histoire d’amour qui nous livre le portrait d’une femme émouvante et résiliente tout à la fois. Un beau moment de lecture. D’autant plus pour les aînés.

‘Mélusine’, de Jean-Pierre Balfroid chez M.E.O.

Laurent et Lison, employés dans une immense tour, sont virés en même temps. Ils tombent nez à nez au moment d’être recrachés dans la rue par le tourniquet du gratte-ciel.

Ils ne sont plus rien, n’ont plus que leur peau. Qu’ils vont utiliser comme un pied de nez, improvisant une scène hot reluquée par les badauds, avant d’entamer une relation tout aussi torride !

Leur amour va donner naissance à des jumelles. Mais l’une d’elles, Mélusine, se révèle porteuse d’un ‘trouble du spectre autistique’, qui va mettre ses parents à rude épreuve.

Roman pétri d’amour, d’humour, d’espoir, et d’humanité, Mélusine aborde sans tabous, mais avec pudeur, les difficultés auxquelles les personnes en situation de handicap mental sont confrontées et confrontent leur entourage, notamment la problématique, tant émotionnelle que juridique, des relations affectives et sexuelles.

L’autisme, un sujet de plus en plus d’actualité, qui a sans nul doute été mis en exergue sur TF1 lors de l’émission télévisée des ‘12 coups de midi’. C’est là en effet que Paul El Kharrat, autiste Asperger, y a fait sensation. Au point qu’aujourd’hui il se retrouve à la table des ‘Grosses têtes’, l’émission chère à Laurent Ruquier. De quoi démontrer qu’il nous faut aller bien au-delà des apparences et des préjugés.

‘Mélusine’, de Jean-Pierre Balfroid chez M.E.O.

‘Un petit roman’ de Lars Norén chez La place

Cet ouvrage s’inspire du destin tragique de Lisa Montgomery, exécutée aux États-Unis en 2021. Enfant maltraitée, adulte violentée, souffrant de graves troubles psychiques, elle commet un crime d’une extrême violence : le meurtre d’une femme enceinte dont elle dérobe l’enfant.

Elle devient une figure dont l’auteur explore les ténèbres, non pour juger, mais pour comprendre ce qui, dans l’humain, subsiste lorsque tout vacille.

Ce récit alterne la voix imaginée de Lisa (je) et celle d’un narrateur masculin (elle). De ce dispositif naît un dialogue d’une grande intensité, où se troublent les frontières entre victime et bourreau. La langue est brève et dépouillée : chaque mot compte, chaque silence pèse.

À travers Lisa Montgomery, Norén interroge ce que signifie ‘le mal’ lorsqu’il naît de la souffrance. Il questionne le sens de la peine de mort, les violences faites aux femmes, la reproduction du traumatisme, et cette zone où la victime devient bourreau. Le meurtre d’une femme enceinte – tabou absolu – devient une métaphore du mal social et spirituel, révélant l’échec d’une société qui prétend réparer en détruisant.

Ce récit de quelque 93 pages, écrit dans un style sobre par ce grand dramaturge suédois qu’était Lars Norén, mort du Covid en janvier 2021, vous fera jongler inlassablement entre compassion et répulsion. Un récit qui percute assurément et qui va vous déranger grandement, mais qui, surtout, donne voix à l’irréparable.

‘Un petit roman’ de Lars Norén chez La place

‘Trans Amazone’, de McKenzie Wark chez Plon

McKenzie n’a que six ans quand elle apprend le décès de sa mère. L’enfant, qui a grandi dans une petite ville d’Australie, se demande qui elle est, comment s’appeler, et ne se sent exister qu’à travers le désir des autres. Cela jusqu’à ce qu’elle découvre le sien.

Du Sydney des années 80 au New York d’aujourd’hui, ‘Trans Amazone’ déploie une trajectoire de vie scandée par les modes de l’époque : le glam, le look mod, le punk.

Au carrefour entre l’autofiction et le mouvement New Narrative, McKenzie Wark décrit sa quête d’elle-même à travers des expérimentations sexuelles et narcotiques, entrecoupées de réflexions philosophiques inspirées de son marxisme et des penseurs de la French Theory.

Un récit littéraire inclassable, vertigineux, cru et passionné, sur l’identité, la transition de genre et la découverture de soi. Un récit qui nous parle de ce que nous tuons tous les jours en nous, afin de pouvoir renaître… autrement. Un livre qui se présente comme une multi biographie où des désirs productifs et indéfinis luttent pour exister au-delà des frontières du patriarcat, du capitalisme, mais aussi de la culture gay.

‘Trans Amazone’, de McKenzie Wark chez Plon

‘La colonne des cendres’, de Claude Rodhain chez Glyphe

2042. Le monde est au bord du gouffre. Le changement climatique a atteint un point de non-retour et une comète menace de s’écraser sur Terre.

Au cœur de cette tourmente, Sarah Souk-Berthelot, présidente de la République française. Alors que les nations s’unissent dans un effort désespéré, un artefact millénaire refait surface : le sceptre du roi Dagobert. Cet objet légendaire, pourrait-il être la clé de notre survie ?

Des couloirs du pouvoir aux profondeurs du Sahara, la présidente et ses alliés enquêtent. Mais une organisation secrète, gardienne d’un savoir occulte, œuvre dans l’ombre pour façonner le destin de l’humanité.

Plongez dans le futur, où le sort du monde repose sur l’alliance de la science moderne et d’un pouvoir ancestral. Un thriller haletant ; chaque révélation vous rapprochera d’une vérité qui pourrait changer votre vision du monde.

Le genre d’ouvrage dont on ne sort pas indemne tant la vraisemblance du récit apparaît comme bien réelle et surtout des plus inquiétantes.

‘La colonne des cendres’, de Claude Rodhain chez Glyphe

‘Murmuration’ de Sylvie Germain chez Albin Michel

« Mots et visions s’entrelacent, s’enflamment, ils tournoient sur le mur comme une horde d’étourneaux à la tombée du jour, à l’heure de la murmuration, éclaboussant le ciel de volutes et de torsades qui se dilatent en immenses spirales, se condensent en ovales massifs pour éclater soudain, se disperser puis se reconstruire en de nouvelles figures monumentales et à la fin filer en jets obliques vers la terre, laissant le ciel nu, livré à l’épanchement de la nuit, du silence. »

Samuel s’est jeté à corps perdu dans les mots, leur magie, leur pouvoir ; c’est pour dire la puissance du langage qu’il est devenu écrivain. Au fil d’un texte hypnotique, Sylvie Germain évoque le parcours blessé de cet homme qui a préféré l’ombre à la lumière. 

L’écriture essentielle de la romancière, précise et poétique, tendre et caustique, lui fait magnifiquement écho. Au-delà, vous découvrirez un rapport constant à la musique.

C’est vrai que l’écriture précise et poétique de l’auteure à quelque chose en elle de musicale. Et c’est tout bonnement à entendre, à écouter, à se laisser porter.

‘Murmuration’ de Sylvie Germain chez Albin Michel

‘Des Bourreaux’, de Guilherme Ringuenet chez HarperCollins

Loin des grandes affaires qui saturent l’actualité, ‘Des Bourreaux’ nous plonge dans la réalité silencieuse de la pédocriminalité ordinaire, celle qui se dissimule derrière les brèves de la presse régionale.

Ici, aucun sensationnalisme : à travers témoignages, récits de vie et analyses rigoureuses, l’enquête s’attache à comprendre les auteurs de violences sexuelles sur mineurs. Qui sont-ils ? Quels chemins les ont menés vers l’irréparable ? Pourquoi le déni et l’emprise occupent-ils une place centrale dans ces crimes ?

En décortiquant ces mécanismes et en confrontant les réponses politiques, scientifiques et sociétales à leurs impasses, ce livre choisit d’affronter l’inacceptable : comprendre, sans jamais excuser, pour mieux prévenir et combattre ce fléau.

Héritier du journalisme narratif de Florence Aubenas et de l’Américain Joseph Mitchell, Guilherme Ringuenet donne chair à l’enquête et brise le silence. Un livre essentiel qui suggère nombre de pistes pour une meilleure sécurisation de nos enfants face, notamment, à la pédocriminalité. Encore faudra-t-il qu’en haut lieu, on prenne la peine de tenter de les explorer.

‘Des Bourreaux’, de Guilherme Ringuenet chez HarperCollins

‘Le diable est dans la place’, de Patrice Pelissier chez Terre de France/Presses de la Cité

En 1999, sur les routes du Berry, un jour de tempête, les Prieur ont un grave accident de voiture. Le père meurt sur le coup, son épouse est grièvement blessée, leur fille d’à peine dix ans, Élisabeth, est en état de choc. 

Vingt-cinq ans plus tard, Élisabeth retourne dans la maison de son enfance, le domaine des Arsots. Elle n’a pas oublié cette voisine, Nelly, qui, des années durant, les a harcelés, ses parents et elle, pour les chasser de leur propriété. Leurs nuits étaient hantées par une silhouette fantomatique à la tête arborant des bois de cerf, qui les terrorisait… jusqu’au drame.

Élisabeth a grandi avec des ressentiments puis de la haine. Est-ce enfin le moment pour elle d’accomplir sa vengeance ?

À l’ombre des bois se déroule un suspense sombre, prenant et mystérieux. Une vengeance implacable et redoutable, savamment échafaudée et orchestrée par la plume aussi efficace que percutante de l’auteur. Un ouvrage qu’on ne quitte plus dès la première page tournée.

‘Le diable est dans la place’, de Patrice Pelissier chez Terre de France/Presses de la Cité

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