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Muse : Marguerite Duras, « Vivre le réel comme un mythe »

par Anne Fourney

3 mars 2026

Romancière, mais aussi réalisatrice, autrice et metteuse en scène de théâtre, Marguerite Duras a laissé une œuvre monumentale. Sa personnalité, ses prises de position ambiguës ou ses prises de parole provocatrices ont aussi marqué les esprits. Elle est décédée il y a 30 ans, le 3 mars 1996.

Marguerite Donnadieu naît en 1914 près de Saïgon au Vietnam, alors Indochine française. Fille d’instituteurs, elle y passe son enfance avant de partir vivre en France, à l’âge de 20 ans. L’Indochine, pays pour lequel elle a un profond attachement, sera une source d’inspiration pour Marguerite Duras, écrivaine à l’enfance chahutée, qui reçut le prix Goncourt en 1984 pour L’Amant, son plus grand succès. Son écriture bouscule les conventions, à travers les thèmes qu’elle sonde tels que la sensualité, l’attente ou l’alcool.

L’écrivaine reste aujourd’hui encore une personne énigmatique, ambiguë, avare de détails sur sa vie privée. Pendant la guerre, Marguerite Duras travaille pour la propagande allemande et se lie d’amitié avec des collaborateurs du régime nazi avant de passer du côté de la Résistance. Elle publie son premier roman en 1943, Les Impudents, sous son nom de plume, Marguerite Duras ; Duras étant le nom du village d’où son père est originaire, dans le sud-ouest de la France. Femme engagée, elle rejoint après la guerre le parti communiste puis en sort à la suite de polémiques. Parmi ses prises de position, elle prend part à des luttes féministes ou contre la guerre en Algérie.

En 1957, son roman Barrage contre le Pacifique est adapté au cinéma par le réalisateur René Clément ; puis son roman Hiroshima mon amour sera à son tour porté sur grand écran, en 1958, sous la direction d’Alain Resnais. Dès les années 60, Marguerite Duras entame l’écriture de pièces de théâtre, où là encore, le succès est au rendez-vous. Elle sera actrice, réalisatrice, metteur en scène de théâtre…

DE L’AMANT À L’AMOUR

Du côté de sa vie privée, Marguerite a eu un fils, Jean, dit « Outa », né de son union avec Dionys Mascolo juste après la guerre, une relation qui dura une dizaine d’années. Dès les années 80, au faîte de son succès, Marguerite Duras doit faire face à des problèmes d’alcool pour lesquels elle se fait soigner. Elle rencontre son dernier amour, Yann Lemée, qu’elle surnomme Yann Andréa, dans les années 80. Il a 38 ans de moins qu’elle, il est son compagnon et son secrétaire particulier, jusqu’à la mort de l’écrivaine, le dimanche 3 mars 1996. Elle avait 81 ans. Yann Andréa lui survit jusqu’en 2014 et est inhumé dans la même sépulture. Marguerite Duras reste à ce jour parmi les écrivains français les plus connus au monde. Son plus grand succès, L’Amant, a été traduit dans 35 pays et s’est vendu à plus de 2,4 millions d’exemplaires. Personnalité libre, provocatrice, souvent controversée, elle a marqué le XXème siècle d’une œuvre majeure.

ANECDOTES

À contre-courant

En 1965, dans une émission télévisée, Marguerite Duras interviewe François, un enfant de 7 ans, d’une manière inattendue pour l’époque. Plutôt que des questions légères, elle l’interroge sur la lecture, l’écriture et le réel, s’étonnant de la justesse de ses réponses, lorsqu’il affirme par exemple que lire et écrire se confondent parce qu’« un écrivain écrit un livre ». Cette séquence révèle une Duras curieuse, joueuse et profondément attentive à la parole de l’autre.

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