par Charles Demoulin
4 octobre 2026
Cette semaine, la parité est de mise puisque sur les six ouvrages que nous vous proposons aujourd’hui, trois sont l’œuvre de plumes féminines, alors que les trois autres sont signés par deux auteurs français et un Suédois. Bonnes lectures !
‘Le club secret des couturières’, de Siobhan Curham chez City
Dans l’Ukraine occupée de 1940, Zirka et d’autres femmes brodent en silence à la lueur des bougies. Au cœur de leurs tissus aux motifs traditionnels, elles dissimulent des messages secrets destinés à la Résistance. Une lutte clandestine héroïque où la moindre trahison peut leur coûter la vie.
En 2022, Ana hérite de la vieille boutique au papier peint écaillé de sa grand-mère, Zirka. Depuis que sa mère a brutalement rompu tout contact avec cette dernière des décennies plus tôt, Ana brûle de comprendre quel drame a déchiré sa famille.
Sa quête bascule lorsqu’elle découvre un journal intime dissimulé au fond d’un tiroir. Des pages qui révèlent l’existence de la société secrète des couturières, une histoire d’amour interdite et la fuite éperdue d’une femme, un nouveau-né dans les bras.
En reconstituant ce passé tumultueux, Ana s’apprête à lever le voile sur les secrets d’un douloureux passé.
Un roman historique et plus que poignant, inspiré d’une histoire vraie et qui se déroule sur deux périodes plus que noires de l’Histoire de l’Ukraine. Il y a tout d’abord celle qui a pour cadre la Seconde Guerre mondiale, puis celle du 24 février 2022, lorsque Poutine décida d’envahir l’Ukraine du président Zelensky. Et comme toujours, lors d’une invasion, il se trouve des personnes courageuses pour lever bien haut le drapeau de la résistance clandestine.
‘La petite fille du tableau’, de Christiana Moreau chez Empaj
Mélanie a tout perdu : son travail, son foyer et surtout la garde de sa petite Alice. Pour rester debout et garder l’espoir de retrouver sa fille, elle décide d’écrire pour elle une histoire.
Alice s’est passionnée pour une étrange enfant représentée sur un tableau conservé au château de Blois : Antonietta Gonsalvus, née à la Renaissance et atteinte d’une maladie rarissime provoquant une pilosité anormale sur le visage et le corps.
Considérée comme une curiosité dans les plus grandes cours d’Europe, Antonietta va trouver, sous le pinceau de Lavinia Fontana, femme peintre au destin exceptionnel, un regard nouveau. Pour la première fois, quelqu’un voit en elle non plus un phénomène, mais une enfant.
En écrivant son histoire pour Alice, Mélanie découvre que quatre siècles peuvent s’abolir et que certaines blessures se répondent à travers le temps.
Après ses précédents romans consacrés à des artistes et des femmes d’exception, Christiana Moreau signe une fresque historique et intime sur la différence, la résilience, le pouvoir de l’art et le lien indestructible entre une mère et son enfant.
Par le biais d’une plume savoureuse et divinement ‘conteuse’, Christiana Moreau, tout au long de cette fresque historique pour le moins addictive, vous invite à un très long voyage à travers l’Europe. Au-delà, en abordant le thème de l’alcoolisme, elle explique que parler de ce problème par le truchement de l’écriture s’impose comme une excellente de thérapie. Un excellent moment de lecture intense !
‘Totem’, de François-Régis de Guenyveau chez Pauvert
Une nuit d’été dans les Landes. Deux garçons de douze ans sont arrachés à leur sommeil et entraînés dans la forêt. Ce qui devait être un jeu d’initiation bascule. De cette nuit, ils ne parleront jamais.
Vingt ans plus tard, Pierre vit à Rome, où il traque pour un cabinet de chasseurs de têtes les futurs dirigeants de la Défense européenne. Sa vie semble tracée. Jusqu’au jour où, dans un train, il croit reconnaître Sacha, son ami d’enfance disparu, le garçon solaire à qui tout semblait promis.
En remontant sa piste, Pierre entreprend, sans le savoir, un voyage vers l’enfant qu’il a été et les promesses auxquelles il a renoncé. Son enquête devient peu à peu celle d’une génération confrontée au retour de l’Histoire et d’une Europe qui cherche ce qu’elle veut encore transmettre.
Roman sur l’amitié, sur ses secrets et sur le prix des promesses d’enfance. ‘Totem’ interroge ce qui demeure de nous, et de notre civilisation, lorsque le monde redevient hostile.
Un roman tout en profondeur, qui nous parle de façon plus que judicieuse du passage de l’enfance à l’âge adulte. Un roman d’une grande intensité que je vous recommande vivement.
‘La Section du Rien’, de Johannes Anyuru chez Actes Sud
Ruth vit désormais à l’abri du besoin avec son fils Em dans une villa au bord de la mer. Elle travaille comme consultante pour ‘l’agence’, une entreprise de l’ombre spécialisée dans la création de fictions et de faux profils destinés à façonner l’opinion publique.
Leurs vies n’ont pourtant pas toujours été aussi paisibles. Des années plus tôt, Ruth a dû extirper son fils du 2070, un quartier populaire d’Anvers en déshérence où Mio, le père d’Em, a été assassiné alors qu’elle était enceinte.
Lorsqu’un vaste projet d’infrastructure routière menace de raser les tours du 2070, une nouvelle mission contraint Ruth à affronter les fantômes de son passé. C’est au milieu de cette tourmente qu’émerge un mystérieux CD doré : une voix s’y élève, affirmant être celle de Mio. Il prétend ne pas être mort et vivre dans un refuge énigmatique appelé ‘la section du rien’.
Entre fresque sociale, thriller d’ingénierie narrative et poésie urbaine, Johannes Anyuru interroge le pouvoir consolateur des histoires et la frontière entre vérité et fiction.
Dans ce récit des récits, existe-t-il une trajectoire où Mio pourrait finir auprès de Ruth et élever leur fils au bord de la mer ?
L’écriture, non dépourvue de poésie, est remarquable. Chaque mot sonne juste. Les descriptions sont aussi précises que le scalpel d’un chirurgien. Johannes Anyuru nous plonge d’emblée dans cette histoire comme si nous en étions l’un de ses protagonistes. Une belle découverte que cet auteur.
‘Un hiver pour tout recommencer’, de Françoise Bourdon aux Presses de la Cité
Aux Glycines, bastide provençale, Lily, 72 ans, prépare Noël malgré une méchante entorse. Elle veille coûte que coûte à maintenir les traditions familiales : blé de la Sainte-Barbe, bougies de l’Avent, crèche, gros souper et treize desserts.
Autour d’elle gravite une famille attachante, mais cabossée : Alexandra, l’aînée, libraire divorcée et ses jumelles, Lisa et Salomé, que tout oppose, Florian, musicien devenu professeur, partagé entre solitude et élan amoureux et la grande absente, Frédérique, la cadette, reporter en Ukraine.
Parmi les occupants de la maison d’hôtes, Mélanie et Charles, couple britannique en crise : leur fille ne leur parle plus depuis son coming-out.
Le soir de Noël venu, autour du feu, du cacho-fio, des plats provençaux et des treize desserts, chacun mesure le poids des absents, la force des liens retrouvés et la nécessité d’avancer malgré les fêlures. Des premiers pas vers la réconciliation à l’émotion des retrouvailles accompagnés de la voix de Frédérique au téléphone illuminant la soirée, la bastide comme toujours, rassemble, répare et réchauffe.
Un ouvrage qui nous parle de reconstruction, de liens familiaux, de traditions et bien évidemment d’amour. Au-delà, cette romance de Noël que signe Françoise Bourdon, ce livre vous offrira même des stickers de… Noël insérés au cœur de ses pages. Chose pour le moins innovante !
‘Tout le miel de la vie’, de Christian Signol chez Albin Michel
Quelque part en Dordogne. François, apiculteur, est un cœur simple, une pâte d’homme. Il parle à ses abeilles dans une langue connue de lui seul et possède une sorte de fluide, comme parfois les êtres sans colère et pleins d’innocence, qui a fait de lui guérisseur.
Depuis que sa femme a mystérieusement disparu, il élève seul son fils, Alban. Le petit garçon, en butte à l’hostilité de nombreux villageois, a trouvé l’affection qui lui manque auprès d’une famille de réfugiés espagnols, dont les enfants sont devenus ses amis. Jusqu’au jour où une lettre de sa mère, qu’il n’a jamais connue, arrive.
Le désir d’aller à sa rencontre sera alors plus fort que tout, et le propulsera au cœur des événements qui secouèrent la France au temps de l’Occupation.
Tout le miel de la vie, celui de l’enfance, du bonheur, des heures lentes qui ne reviendront pas, nous est conté dans ce roman d’une beauté à la fois simple et grave.
Christian Signol, par le biais de ce roman rural, nous explique la valeur des liens de filiation ou d’authentique solidarité, au fil d’une histoire qui célèbre les émotions véritables et la patience secrète de la nature.
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