par Charles Demoulin
22 septembre 2026
Aujourd’hui, pas le moindre classique indétrônable ou autre monument de la BD, mais la preuve indiscutable que le 9e art renouvelle de plus en plus ses genres, attirant désormais nombre de scénaristes et de dessinateurs venus d’un peu partout à travers l’Europe et même d’un peu plus loin… à l’image de Jirô Taniguchi.
‘Après Arthur – Le trône et l’épée’, de Legrand et Sierra au Lombard
Le roi Arthur meurt à la bataille de Camlann, mortellement blessé par Mordred, son fils bâtard et neveu félon, qui va également succomber. Avec lui, c’est le rêve d’une Bretagne unie qui s’envole.
Le royaume est bientôt en proie aux divisions, aux complots, et aux guerres intestines. Il risque de sombrer dans le chaos, et Melehan, fils aîné de Mordred, compte bien en profiter pour monter sur le trône.
Mais certaines figures du règne d’Arthur refusent de baisser les bras. Bedwyr, l’un des derniers chevaliers de la Table ronde encore en vie, la reine Guenièvre, la Dame du Lac et sa fille Niève, Garran, fils cadet du traître, et même l’ambiguë Morgane unissent leurs forces pour sauvegarder l’héritage du défunt souverain…
Pas le moindre moment de répit. Ça bataille à tout rompre. Tout cela superbement retransmis par les planches d’un Álex Sierra d’une belle efficacité graphique. Un album dont on attend la suite avec une impatience non dissimulée.
‘Le pouvoir de M’, de Desberg et Jef chez Dupuis
Londres, aujourd’hui. M est devenu un des chefs de la police et est confronté à la plus étrange affaire de sa carrière. Une Dame du lac est apparue dans les docks de la Tamise, porteuse d’une épée sacrée, qu’un chevalier de lumière vient bientôt lui prendre des mains pour commettre une série de meurtres.
Certains y voient un rédempteur venu rendre la justice dans un monde livré aux scandales sociaux et politiques. D’autres craignent pour leur vie et leur réputation.
M se voit chargé par le ministre de l’Intérieur d’agir rapidement et de trouver ce mystérieux assassin messianique.
Un polar original, singulier, baignant dans le fantastique. Une enquête tortueuse. Un inspecteur fatigué, mais doté de pouvoirs pour le moins spéciaux, à l’image de celui de prendre n’importe quelle apparence physique. Un récit mis en exergue par le trait réaliste d’un Jef qui retransmet de façon plus qu’efficace, l’ambiance plus que noir de ce polar bluffant.
‘Les 400 coups’, d’un collectif chez Fluide Glacial
22 souvenirs d’auteurs qui racontent leurs pires moments d’école avec émotion, force et sincérité pour en finir avec l’idée que l’école c’était mieux avant.Les Bouzard, Fabcaro, Evemarie, B-gnet, Gilles Rochier, Claire Bouilhac, Soulcié, Guerse, Fabrice Erre, James ou Dutreix…
Des histoires autobiographiques : brimades, humiliations, violences physiques ou morales, bagarres entre élèves. Dans des styles graphiques et humoristiques variés, ce talentueux collectif offre une BD nécessaire pour en finir avec les violences scolaires.
Car non, l’école, ce n’était pas mieux avant ! Pour preuve, ce collectif fait de styles graphiques variés, mais où l’humour est souvent de mise et fait pour tenter de mettre un terme aux violences scolaires qui, malheureusement, ne sont pas nées d’aujourd’hui.
‘La femme au portrait’, de Nicolas Tellop et Antonio Lapone chez Dargaud
Los Angeles, années 1940. Sur le plateau de tournage d’un film, ‘La Femme au portrait’, un tableau a été volé. Seul témoin présent, le veilleur de nuit a été tué.
À vrai dire, c’est surtout la disparition de ce tableau qui chagrine l’équipe de production : sans lui, le tournage doit être suspendu. Une détective privée nommée Miss X, ancienne actrice aussi caustique que séduisante, mène l’enquête.
Elle soupçonne le réalisateur, Ernst Spieler. Pour la convaincre de son innocence, celui-ci lui propose de l’aider à démasquer le véritable coupable.
Dans une ville où le vrai et le faux se confondent sans cesse, et où ‘tout le monde est prêt à n’importe quoi pour faire un film’, découvrir la vérité ne sera pas une mince affaire…
Une intrigue qui vous plonge dans le Hollywood des années 1940, celles de l’âge d’or du cinéma américain. Une enquête portée par le trait délicieusement ‘ligne claire’ et d’une rare efficacité d’Antonio Lapone. Tout cela sans oublier les coloris nets et réduits à l’essentiel qu’utilise ‘l’artiste’.
‘Nous sommes ici tous réunis’, de Carbone et Ruffieux chez Soleil
Margot, Louise et Antoine se retrouvent en urgence dans la maison familiale, car leur mère vient de succomber à une crise cardiaque. Ensemble, ils vont devoir trouver la force de s’occuper des obsèques et de la succession.
Mais chaque objet éveille des souvenirs à l’un, réveille la jalousie de l’autre… Même dans une famille unie, chacun a ses blessures, ses rancœurs et ses douleurs. Ils devront s’ouvrir, pardonner et se pardonner pour commencer, chacun à leur manière, leur processus de deuil.
Voilà sans conteste une bande dessinée pleine d’émotions et d’humanité. Une BD qui toutefois s’avère pleine de réalités diverses et de problématiques lorsqu’une fratrie, qui vivait éloignée, se retrouve face à face suite à la perte d’un être cher.
Un récit où Sophie Ruffieux s’attache élégamment à mettre son graphisme au service d’un scénario qui, pourtant, nous parle de deuil.
‘Le fils de l’Ogre’, d’Éric Stalner chez GrandAngle
Cévennes, 1743. Pour arracher son bébé à la cruauté de son père, le baron de Lazes, surnommé l’Ogre, Héloïse se jette d’une falaise avec l’enfant. Elle périt, mais le nourrisson survit par miracle. Recueilli par Guillaume-Paulin Valdéran de Langre, noble déchu devenu bandit de grand chemin, il grandit sous le nom de Baptiste.
Mais au château de Lazes, l’Ogre réclame son héritier et organise une traque impitoyable pour le retrouver. Face à un tyran prêt à tout pour perpétuer sa lignée, Guillaume-Paulin devra bientôt choisir : protéger l’enfant… ou défier l’Ogre.
Un album signé par Éric Stalner en toute grande forme. Un Éric Stalner qu’on aime retrouver suite à la qualité de son graphisme, du découpage de ses planches, de ce réalisme qui habite superbement son crayon, de l’intensité de la palette de ses coloris, et puis, surtout, de cette incroyable expressivité qu’il confère à ces protagonistes.
Un album tout bonnement superbe qui, je l’espère, nous proposera une suite de même qualité. Et ce aussi bien côté scénario que du côté graphique.
‘Le dernier rivage’, de Jean Dufaux et Jean-Michel Arroyo chez Anspach
Julien Chevalier a 50 ans. Il vit au Cap Ferret, entre une maison dans la pinède et un cabanon face à l’océan. Il tient avec Valéria, femme libre et solaire qui tente de l’ancrer dans le présent, un restaurant appelé ‘La Passante’.
Il s’est éloigné du fracas des armes, des règlements de comptes et des alliances dangereuses qui ont marqué sa jeunesse à Bordeaux. Alors qu’il pensait avoir trouvé son refuge ultime sur ce dernier rivage, le passé revient le hanter. L’inspecteur Baroy, ancien compagnon de route et ex-policier, vient lui apprendre la mort du fils d’Alphonse Sebastiani. Un nom qui rouvre des blessures anciennes. Un autre surgit aussitôt : Anbach. Et puis, surtout, celui de Rosemarie, l’amour de sa vie, morte à 27 ans.
Tout de blanc, de gris et de noir habillé par un Jean-Michel Arroyo possédant une incroyable maîtrise du lavis, ce polar crépusculaire, qui s’impose plus volontiers comme une tragédie contemporaine, alterne présent et passé afin d’aborder les thèmes de la filiation, de la transmission et de la culpabilité.
Un polar qui s’inscrit dans la grande tradition du polar français. Si vous aimez ce genre, vous ne serez certes pas déçu. D’autant qu’aux côtés d’Arroyo, il y a un certain Jean Dufaux au scénario. Tout est dit !
‘Invitations’, de Jirô Taniguchi chez Casterman
Prolifique auteur de récits à la fois intimes et universels qui touchent au cœur un très large public, Jirô Taniguchi, le plus francophone des auteurs de manga, créateur de ‘Quartier lointain’ et du ‘Gourmet solitaire’, s’est éteint en 2017.
Au moment de sa disparition, cet insatiable raconteur d’histoires s’était une nouvelle fois fait passeur, en se lançant dans des adaptations de grands auteurs. Avec ‘Quelque part’, fascinante variation sur le thème de la déambulation comme art d’être au monde, Jirô Taniguchi s’empare de la figure de Lafcadio Hearn, écrivain voyageur épris du Japon et de son riche répertoire d’histoires de fantômes.
Puis, dans ‘Feux d’artifice’, le mangaka se réinvente graphiquement pour proposer une version d’une nouvelle de Hyakken Uchida, entre onirisme et fantastique. Inachevés, ces récits sont le témoignage bouleversant de la créativité et de la générosité d’un immense auteur.
Un manga posthume, qui se déroule dans un univers fantastique, et qui est à ne manquer sous aucun prétexte si vous êtes accros à l’œuvre de ce grand maître qu’est Jirô Taniguchi.
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