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Des bédés pour les fêtes

par Charles Demoulin

1 décembre 2022

Que ce soit pour la Saint-Nicolas ou pour les fêtes de fin d’année, offrir une bande dessinée fait toujours partie des belles possibilités de cadeaux. Aujourd’hui, Janette a décidé de vous aider dans vos choix. Mais en s’éloignant parfois des bédés traditionnelles pour s’arrêter à des albums nettement moins connus du grand public. Ne serait-ce, pour certains, parce que leur graphisme sort des sentiers battus ? Et pourtant, eux aussi, valent plus qu’un détour.

« Marilyn dernières séances », de Louison d’après le livre de Michel Schneider chez Futuropolis

Ce récit graphique tout en finesse et subtilité s’avère une adaptation brillante et acérée du roman de Michel Schneider qui, en 2006, se vit couronné du prix Interallié. En fait, de janvier 1960 jusqu’au 4 août 1962, date de sa mort, Marilyn fit appel à Ralph Greenson pour qu’il devienne son psychanalyste. Elle lui avait donné pour mission de l’aider à se lever, à jouer au cinéma, à aimer, à ne pas mourir. Ce récit retrace la relation tourmentée entre Marilyne et cet homme qui fut tour à tour un père, une mère, un ami, mais qui ne put la sauver d’elle-même, de ses peurs et de sa solitude. Il fut le dernier à l’avoir vue vivante, et le premier à l’avoir trouvée morte. Avec nombre de plans façon cinématographique, Louison n’utilise que le bleu et le blanc pour nous livrer l’intimité d’une jeune femme brisée derrière son masque de star. Une Marilyn vue autrement.

« Mon ami Pierrot », de Jim Bishop chez Glénat 

Jeune fille issue de la noblesse, Cléa est promise à un bel avenir aux côtés de Berthier, le fils du comte de l’Eau. Mais alors qu’elle s’apprête à l’épouser, elle fait une rencontre pour le moins inattendue : celle de Pierrot, un magicien des rues. Et ce saltimbanque de faire chavirer son cœur. Charmant, galant et un brin intrigant, il lui offre ce vent de liberté qui manque à sa vie. En le suivant dans son antre caché au fond de la forêt, ce sera tout un monde merveilleux qui va s’ouvrir devant elle. Toutefois, les vertiges de l’amour seront de courtes durées, car déjà, les premières larmes coulent sur les joues de Cléa. Qui est vraiment Pierrot ? Pendant ce temps, Berthier, désemparé, se lance à la recherche de sa fiancée sans se douter un instant que cette quête pourrait le mener au seuil de la folie. Un roman graphique bouleversant, d’une grande maturité.

« Sandrine & Flibuste contre la maltraitance animale », de Sandrine Deloffre chez Dargaud 

Confortablement installés dans le canapé, Sandrine et son chien Flibuste bavardent tranquillement. Jusque-là, rien d’anormal, sauf que ledit chien se met à déplorer la nullité de la vie qu’il mène. Un brin contrariée, Sandrine rappelle à l’ingrat qu’il y a quand même bien plus malheureux que lui. Ce dont doute le toutou. Alors, pour Sandrine, une seule solution : enquêter. Et là, Flibuste aurait mieux fait de tourner sa langue sept fois dans sa gueule, car les témoignages d’animaux en souffrance vont s’enchaîner. De Michel l’ours de cirque, à Raymond le serpent pas vraiment méchant, la réalité est atterrante avec une maltraitance animale partout et à chaque instant. Et le plus terrifiant est que nous sommes tous impliqués. Une bédé qui dérange avec cette auteure qui dévoile sans fard ce que nous essayons de cacher. Et que de questions pertinentes pose cette BD engagée !

« Le petit Issa La kiffance », d’Issa Doumbia, Jeanne Degois et Liroy chez Kennes

Depuis 10 ans, Issa Doumbia se retrouve régulièrement dans le « Top 10 » des personnalités préférées des Français. C’est chez « Nos chers voisins » diffusé sur TF1 qu’il s’est fait connaître avant d’être accueilli plus que largement dans d’autres émissions télé, au cinéma et au théâtre. Bref, un sacré personnage qui sera même au générique du prochain Astérix et Obélix réalisé par Guillaume Canet. Aujourd’hui, voilà qu’il fait sa joyeuse entrée dans le 9e Art. Écoutons-le ! « Ça me permet de réaliser quelque chose qui m’a manqué quand j’étais petit : avoir un héros auquel m’identifier. » Et c’est vrai que s’il adorait Le Petit Nicolas, Le Petit Spirou, Lucky Luke et bien d’autres, tous avaient la peau blanche et donc éloignés de son quotidien de gamin noir. Une BD pour les jeunes où bien des parents vont se reconnaître. À savourer sans modération.

« Le silence du rossignol », de Stéphane Melchior et Benjamin Bachelier chez Gallimard BD

Ce 3e volet du « Clan des Otori » marque la fin du premier cycle de ce récit qui se déroule dans le Japon de la seconde moitié du XVIe siècle. L’époque où les provinces se faisaient la guerre, et où apparaissaient le christianisme et les premières armes à feu. Écrit par Lian Hearn, ce roman a donc été adapté en bd. Si vous avez manqué les deux premiers volets, pas de problème, ils se trouvent résumés en début d’album. Toutefois, pour vous aider, sachez que le jeune Takeo, sauvé du massacre des siens par le chef du clan des Otori, est précipité dans un monde de violence où il doit trouver sa voie, alors que son cœur brûle pour la belle Kaede. Aujourd’hui prisonnier de la Tribu, il laisse son père adoptif et Kaede seuls aux mains d’ennemis très puissants. À mettre en exergue la puissance du dessin de Bachelier qui ne serait pas pour déplaire aux amateurs d’estampes japonaises.

« Une romance anglaise », de Hyman et Fromental chez Dupuis-Air Libre

Le docteur Stephen Ward, ostéopathe très prisé au sein de la gentry britannique, se partage entre vie mondaine et frasques sexuelles débridées. Lorsqu’il croise le chemin de Christine Keeler, une jeune danseuse de 19 ans ambitieuse à souhait, il en devient vite le Pygmalion. Mais cette relation va rapidement le précipiter dans un tourbillon d’intrigues sordides et de trahisons aux répercussions imprévisibles. Via un one shot au graphisme réaliste typé « made in USA » et signé Miles Hyman, Jean-Luc Fromental se lance dans ce que fut dans les années 1960 l’affaire Profumo. Un scandale retentissant où sexe, politique et espionnage obligèrent le secrétaire d’État anglais à la Guerre John Profumo, à remettre sa lettre de démission. Cela suite à sa relation avec la belle Christine qui avait toutefois une liaison parallèle avec l’attaché soviétique Evgueni Ivanov. Superbe !

« La grosse laide », de Marie-Noëlle Hébert chez Équateurs

Sous ce titre, et par le truchement d’un dessin noir et blanc bluffant de réalisme, se cache ce que fut la thérapie de l’auteure. Un roman graphique magnifique qui traite de l’acceptation du corps qui est le sien. Et Marie-Noëlle de replonger ici dans ses souvenirs les plus enfouis et ses blessures encore brûlantes, pour comprendre comment elle a pu arriver à détester ce corps qu’elle habite si honteusement. Via un trait au crayon de plomb parfois incisif, souvent poignant, puis peu à peu plus indulgent et doux, elle est parvenue à transformer la haine et le mépris que lui suscitait son apparence, en un moteur de création qui est devenu pour elle la bouffée de l’espoir. L’histoire d’une jeune femme seule dans son appartement avec son chat dont le seul tort a été d’être bien en chair dès son plus jeune âge. Sublime.

« J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond », de Clément Baloup chez Paulsen

Inspiré librement du livre éponyme d’Alexis Jenni, voici le portrait haut en couleur de l’écologiste visionnaire John Muir dont Theodore Roosevelt disait : « C’est l’homme le plus libre que j’ai jamais rencontré. » Il faut savoir que ce président des États-Unis a passé plusieurs jours en forêt en compagnie de ce génie autodidacte. Un moment d’importance puisque Muir a convaincu le président de prendre des mesures afin de protéger la nature sauvage. C’est à cette époque que sont créés les premiers parcs nationaux, dont le célèbre Yosemite. Inventeur de machines géniales dès son adolescence, ingénieur révolutionnaire, Muir a choisi de tourner le dos à la nouvelle société industrielle et industrieuse pour vivre en immersion totale et en autonomie dans la nature. Tel est le thème de cet ouvrage, qui, il est vrai, résonne chaque jour davantage. Une transposition en bédé très réussie.

« Très chers élus », d’Élodie Gueguen – Sylvain Tronchet – Erwann Terrier chez Delcourt

Dans cet ouvrage de vulgarisation qui se veut la synthèse d’un travail d’investigation mené par deux journalistes de la Cellule Investigation de Radio France, vous allez découvrir les dérives qui empoisonnent la démocratie et alimentent la défiance à l’égard de toute la classe politique. Pour faire campagne et accéder au pouvoir, il faut beaucoup d’argent. Or, les commentateurs, amoureux de la ‘tambouille politique’, s’aventurent rarement dans les arrière-cuisines des partis. Là où Élodie Gueguen et Sylvain Tronchet ont pénétré afin d’enquêter sur l’argent du pouvoir. Cela de Nicolas Sarkozy à Jean-Luc Mélenchon en passant par Emmanuel Macron ou Ségolène Royal. Quant à Erwann Terrier, il utilise son trait jubilatoire et réaliste à la limite de la caricature pour ouvrir, avec son sens de la dérision, les valises et les comptes de nos très chers élus. Savoureux.

« Le bébé des Buttes-Chaumont », de Jacques Tardi chez Casterman

Tardi est de retour, et avec lui Adèle Blanc-Sec. Une héroïne qui a dû attendre quinze ans pour voir l’arrivée de sa dixième et dernière aventure. Enfantée en 1976, cette série nous a offert un personnage hors du commun à une époque où la présence d’une femme dans la bédé était chose plus que rarissime. Ni gravure de mode, ni pin-up, ni rombière, Adèle est une trentenaire au physique banal. Ni laide ni belle. Au-delà, elle est aussi le contrepied des héros classiques qui eux, semblent échapper aux contraintes du commun des mortels. Aujourd’hui, Adèle qui a échappé au poison du Docteur Chou, est au centre d’une cabale machiavélique avec ces clones explosifs lui ressemblant comme deux gouttes d’eau, et qui se font sauter aux côtés des pontes du gouvernement. Ce afin de lui faire porter le chapeau. Un dernier album savoureux au possible, truffé de références, et qui vous donne envie de relire toute la série.

« L’Otage Vascon », de Jean-Claude Bartoll et Eon chez Soleil

Premier opus d’une trilogie dédiée à Karolus Magnus, mais surtout aux ados et à leurs parents… s’ils aiment l’Histoire, cette saga épique revisite la légende carolingienne. Un récit médiéval aux accents fantastiques, riche en batailles, et qui va mener le lecteur des sables brûlants d’El Andalus aux confins glacés de la Vasconie. Fils aîné de Pépin le Bref, premier roi de la dynastie des Carolingiens, Charlemagne n’a d’autre choix que de faire la guerre à ses voisins afin d’agrandir le Royaume et devenir ainsi l’Empereur de l’Occident. Mais nombreux vont être ceux qui lui seront opposés. Cette visite de l’Histoire se trouve magnifiée par le graphisme d’Eon. Un dessinateur qui excelle aussi bien dans la réalisation des décors et les scènes de combat, que dans les trognes des personnages principaux. Et que dire lorsqu’il dessine le corps dénudé de la reine ou d’une belle Saxonne ?

« Ma vie d’instit’ 3 », d’Emy Bill chez City

Déjà un 3e album pour Emy Bill, cette institutrice qui s’amuse à mettre en images son vécu quotidien. Cette fois, ce sont les perles de ses élèves et les anecdotes de tous les jours qu’elle nous conte avec un regard tendre et décalé. En fait l’univers un peu fou d’une maîtresse d’école d’aujourd’hui. S’il est vrai que les enfants sont formidables, à l’école, il faut malheureusement s’attendre à tout. Et ce n’est pas Emy qui nous dira le contraire. Cela tant il est vrai que lorsqu’on est instit’, on n’est jamais au bout de ses peines. À lire son nouvel ouvrage, force est de reconnaître que nos chères petites têtes blondes sont les rois des bêtises, indiscrétions, chahuts, remarques cash, stratagèmes pour ne pas travailler… Tout est bon pour faire tourner la maîtresse en bourrique ! De quoi donner l’occasion à Emy de croquer une foule d’anecdotes en dessins. Ce même si elle pense : vivement la récré ! 

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