par Dr Sophie Jablonski
25 juillet 2025
On l’a toutes entendu au moins une fois : « Tu es trop perfectionniste ». Et on l’a peut-être même pris pour un compliment. Derrière cette quête du “sans faute” se cache souvent un mal-être, une exigence qui épuise, une peur de l’échec. Dans cet article, Janette vous propose un regard nouveau sur le perfectionnisme – ni angélique, ni accusateur – pour mieux comprendre ses racines et, surtout, apprendre à s’en libérer avec douceur et efficacité.
Le perfectionnisme, ce n’est pas simplement “aimer que ce soit bien fait”. C’est une mécanique intérieure qui pousse à tout faire parfaitement, sous peine de se sentir en échec. Selon Neenan et Palmer (2013), il s’agit d’un état où l’on rechigne à commencer – ou à terminer – une tâche par peur qu’elle ne soit pas à la hauteur, et donc, qu’elle expose nos “insuffisances”.
Le perfectionnisme, c’est cette petite voix qui vous souffle à l’oreille :• “Si ce n’est pas parfait, ça ne vaut rien.”• “Tu aurais pu mieux faire.”Il se glisse partout : une heure sur un e-mail, dix versions d’une présentation, relire mille fois un message… Il se manifeste aussi par un besoin de tout contrôler, une peur panique de l’erreur, une hypersensibilité à la critique. On devient alors rigide, tendue, sarcastique parfois, avec soi comme avec les autres.À l’origine, ces comportements ont souvent été de véritables “bouées de sauvetage”. Dans un environnement instable ou exigeant, le perfectionnisme a pu nous donner un sentiment de contrôle ou de reconnaissance. Mais ce qui nous a protégées un jour peut aujourd’hui nous enfermer…
Le perfectionnisme a un prix. Et il est élevé.Mentalement, il est source d’anxiété, d’un stress chronique et de fatigue émotionnelle. Quand la barre est placée trop haut, il est normal de se sentir constamment en défaut, en décalage. Physiquement, il peut générer des troubles du sommeil, de la tension nerveuse, et des conséquences sur la santé globale, du cœur au système digestif. Relationnellement, il isole. Les perfectionnistes attendent autant des autres que d’eux-mêmes. Résultat ? Les relations deviennent tendues, les échanges plus critiques, la confiance difficile. Professionnellement, il bloque. Il mène souvent à la procrastination, par peur de mal faire. Et même quand on agit, on se prive de créativité par peur de “sortir du cadre”.
Et ce n’est pas tout : à force de viser la perfection, on passe à côté de belles opportunités, de projets enthousiasmants et du plaisir simple d’oser.
Le perfectionnisme n’est pas une fatalité. On peut en adoucir les contours. Voici un cheminement en cinq étapes :
01. Identifier les déclencheurs
Quand votre perfectionnisme s’active-t-il ? Est-ce avant un rendez-vous pro ? Quand vous devez dire non ? Mettez des mots sur les contextes qui déclenchent ces automatismes.
02. Prendre conscience du mécanisme
Observez vos pensées. Notez les moments où vous sentez la pression monter. Quelles phrases intérieures vous répétez-vous ? Ces phrases sont souvent des réflexes. Les écrire permet déjà de les désamorcer.
03. Nommer vos émotions
Anxiété, frustration, peur… En nommant ce que vous ressentez, vous reprenez de la distance. Vous n’êtes pas votre perfectionnisme : c’est un mécanisme, pas votre identité.
04. Choisir une autre posture
Et si vous décidiez d’agir depuis un autre espace intérieur ? Au lieu de vouloir “bien faire à tout prix”, vous pourriez viser “ce qui est juste pour vous, ici et maintenant”.
05. Rééduquer votre cerveau
Petit à petit, ces choix modifient vos connexions neuronales. Bonne nouvelle : le cerveau adore l’entraînement. Plus vous l’exercez à une pensée apaisée, plus elle deviendra naturelle.
Si vous vous reconnaissez dans tout cela, pas de panique : il existe des ressources concrètes pour vous accompagner et vous soutenir. Le coaching cognitif-comportemental, par exemple, permet de travailler sur les pensées automatiques, les croyances limitantes et les stratégies d’évitement. Il aide à retrouver du pouvoir d’agir.La pleine conscience est un excellent moyen de ralentir, de prendre conscience de ses automatismes, et de les observer sans jugement. La compassion – se parler à soi comme à une amie – est une clef essentielle. Dire : “Tu fais de ton mieux”, “Tu as le droit d’être imparfaite”, “Tu es déjà assez”… Ce sont des phrases qui soignent.
Et si le vrai défi, chère Janette, n’est-il pas de “moins bien faire”, mais de faire ce qui compte ? D’écouter sa vérité plutôt que la voix de la peur. D’oser être imparfaite, mais sincère. Parce qu’au fond, la meilleure version de vous-même… ce n’est pas celle qui coche toutes les cases. C’est celle qui avance, libre et vivante, fidèle à qui elle est.
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