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Quand peut-on parler d’addiction sexuelle ?

par Sophie Pilcer

18 juillet 2025

5 heures du mat’, je ne dors pas ou plus. Elle est à côté de moi, elle dort comme un bébé, elle est blottie dans son coin, la chevelure éparse. On dirait une pub de matelas, draps légèrement relevés. Là, ça ressemble plus à un début de film érotique du samedi soir sur une chaîne de télé d’un autre temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître…

On regardait en cachette, on ressentait une excitation fébrile avant même les premières images, l’air du générique était une promesse d’un émoi rapide, certes, par peur d’être pris devant cet écran, mais efficace aussi pour les mêmes raisons. Qu’avions-nous d’autres comme supports d’excitation, si l’on excepte ses fantasmes ? Ah oui, effectivement, si je remonte à l’âge de pierre, quelques romans photos sortis tout droit du mythique et non égalé magazine Union. Que celui ou celle qui n’a pas joui pour ou par ce courrier dit « des lectrices » me jette la première pierre !

D’ailleurs cela dit en passant, l’âge de pierre avait sexuellement tout inventé, n’est-ce pas les vidéos amateurs ou plutôt amatrices, courriels des lectrices en position, qui remportent la palme des boîtes de Kleenex ? Bon, vous avez raison, je ne suis pas là pour vous faire un état des lieux de l’histoire des supports érotiques…

Vous, Janette et Jano, vous voudriez connaître les symptômes de l’addiction à la pornographie.

Oui, vous m’avez bien lue, Janette et Jano. Parce que, oui, la pornographie et sa farandole addictive n’est pas réservée au genre masculin. De plus en plus de femmes osent dire et reconnaître leur dépendance à la pornographie. Et le mécanisme est exactement le même qu’on soit un Jano ou une Janette.

Mêmes schémas qu’avec la boulimie : du stress, de la souffrance, une négociation avec soi même de plus en plus brève… J’y vais où je n’y vais pas dévorer ce paquet de gâteaux plus ou moins virtuel. Finalement, j’y vais : pas de plaisir, je fais ça vite, mal et dévoré(e) de culpabilité, je n’ai plus la possibilité de déguster et d’avoir du plaisir. Puis cette culpabilité me ronge et me ronge jusqu’à perdre toute estime de moi, alors j’y retourne pour oublier, pour me calmer, mais en vain et le cercle vicieux de la dépendance compulsive aura eu raison de moi. Un écran, le vide, le poids de la honte. J’ingurgite, j’ingère des images de mal baise, comme j’avale des paquets de malbouffe. Je me sens devenir ce que j’ingère visuellement ou oralement. J’ai mal à la femme ou à l’homme que j’aimerais être.

Comment sortir de l’addiction, me direz-vous ? Déjà, règle numéro un : la prise de conscience de ce cercle vicieux. Règle numéro deux : apprendre à repérer les moments, les états mentaux, les signes d’alarme intérieurs qui vont me faire basculer. Règle numéro 3 : se censurer, s’interdire l’accès ne me permet pas de quitter la spirale. Je vais apprendre à savourer, à ouvrir tous les sens.
Je m’installe devant mon écran. Je cherche calmement, tranquillement, ce qui va faire monter mon excitation. J’ai tout mon temps, je regarde, j’écoute, je ressens. Mes sens me parlent et je suis là présent(e) à ce que je fais.

Allez Jano et Janette, tentez une fois un autre scénario. Et de grâce, rappelez- vous : choisissez bien votre paquet de gâteaux érotiques et prenez le temps de déguster !

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