par Charles Demoulin
1 novembre 2026
Même si c’est un polar ou un thriller, la façon dont l’histoire que développe un roman nous est contée, s’impose généralement comme savamment élaborée. Et qu’importe si elle nous glace le sang. Aujourd’hui pourtant, pas question de crimes ou de serial killers, mais bien d’histoires qui appellent à la réflexion.
‘Au bonheur des chats’, de Syou Ishida chez Albin Michel
Franchir les portes de la mystérieuse Clinique psychologique Nakagyô à Kyoto n’est pas donné à tout le monde. Certains y arrivent par hasard, d’autres errent longtemps dans les rues avant de la dénicher.
Parmi les patients, on croisera une jeune fille qui manque de confiance en elle, un père dépassé, ou encore une femme rongée par la culpabilité. Chacun d’eux recevra non pas un traitement, mais un chat… Car nos amis félins ont mieux que la parole pour nous réconforter ou nous consoler : leur présence suffit à nous aider à comprendre et à nous pardonner. Plus que jamais, le lien entre les chats et les humains a le pouvoir de guérir et de transformer des vies !
Un troisième volet de la série japonaise best-seller, placé sous le signe de la recherche du bonheur. Un troisième tome tout empreint de cette délicatesse typiquement japonaise, et qui, à l’image de ses prédécesseurs, est à savourer avec un gros matou qui ronronne sur vos genoux.
C’est drôle, subtil et réconfortant. C’est aussi magique et parfumé aux senteurs de poésie. Le genre d’ouvrage qui fait du bien !
‘Mordre l’orage’, d’Isabelle Pandazopoulos chez Actes Sud
Fanny est une femme enflammée et combative. Elle transmet son goût de la littérature dans un collège avec la ferveur des croyants. Tout ce qu’elle a construit, elle le doit à une volonté farouche de vivre malgré l’adversité. Car Fanny porte en elle le lourd secret d’une enfance saccagée.
Mariée depuis vingt ans, mère de deux grands enfants, elle a gagné sa part de bonheur en choisissant d’enfermer les souvenirs douloureux dans la cave de sa mémoire. C’est ainsi qu’elle tient, debout et droite, armée de sa colère et de ses convictions… du moins jusqu’à cet appel lui annonçant la mort de sa ‘mère’ qui va tout faire exploser.
Roman du feu sous la peau, explorant les rouages du couple et de la maternité, ‘Mordre l’orage’ est le portrait d’une femme à vif, qui vient sonder ce qui nous a été donné et ce que l’on transmet en retour.
Très vite, ce récit bouleversant captive l’attention. Il faut reconnaître que toute la vie de Fanny va se construire autour de cet amour que lui a toujours refusé sa mère. Et cela au point de la voir prise en charge par le secteur de l’Aide Sociale à l’Enfance. D’où cette question : comment devenir une bonne mère lorsqu’on a été ‘enfant abandonné’ ?
‘La honte’, d’Aïda N’Diaye chez autrement
La honte est une émotion singulière. Elle est partout. Dans nos corps, nos silences, nos imaginaires, nos relations. Que savons-nous vraiment de ce sentiment qui nous écrase et nous constitue ? De ce qui le produit, et l’entretient ?
De Cyrano de Bergerac au procès Pelicot, de Sartre, Ernaux et Guibert à bell hooks et ‘La Lettre écarlate’, ce livre propose une traversée philosophique, littéraire et intime de l’une des émotions les plus universelles et les moins comprises. Il montre comment la honte naît du regard des autres, circule des coupables vers les victimes, mais dévoile aussi les ressources insoupçonnées qu’elle recèle.
Tissant théorie et expérience vécue, Aïda N’Diaye ne propose pas de guérir de la honte, mais d’apprendre à vivre avec cette marque qui nous définit.
Un texte stimulant basé sur du vécu, et qui se veut une réflexion sur des sujets tels que nos origines, la culpabilité, le milieu social dans lequel on vit au quotidien, la pudeur, le regard d’autrui, l’humiliation…
‘La force d’en rire’, de Jeanfi Janssens chez Harper Collins
Dans le Nord, à Beaufort, on ne fait pas de vagues. On travaille tôt, on suit la voie tracée, et surtout, on tait ce qui dérange. Grandir gay relève ici du secret. Très vite, Jeanfi Janssens comprend que sa meilleure défense sera le rire.
L’autodérision devient son armure, puis sa signature. Mais derrière les éclats, il y a les chutes. Une histoire d’amour qui vire à l’arnaque, et le voilà, à vingt-deux ans, avec des dettes colossales. C’est pourtant cette débâcle qui lui ouvre un autre monde : steward, il s’envole et découvre ailleurs la liberté d’être enfin lui- même.
Puis vient le drame : le suicide de son frère. Une fracture intime, mais aussi un basculement. Pour la première fois, son père le regarde autrement.
Longtemps jugé ‘trop rigolo’ pour réussir, il finit par faire de ce rôle une force. La scène devient son territoire. Le succès arrive tard, à quarante ans. Avec lui, d’autres vertiges : que valent les regards quand ils changent ? Comment aimer ? Faire confiance ? Ne pas perdre ?
Dans cette biographie à cœur ouvert d’un steward devenu humoriste envers et contre tout, Jeanfi Janssens livre son parcours cabossé et lumineux. Le parcours d’un homme qui n’a jamais cessé de tomber, mais qui a toujours trouvé la force de se relever.
Une lecture sans concession. Un récit à cœur ouvert qui ne laisse aucune place au moindre silence. Un livre qui réconforte et qui démontre qu’avec le mot ‘volonté’, et en utilisant le rire comme la meilleure des médications, on peut arriver à faire fi des obstacles que la vie s’ingénie à dresser devant vous.
‘Et le fromage chut !, de Marc Tilman chez Quadrature
Variations sur une fable de Jean de la Fontaine, avec, pour simple explication, que ‘chut’, est tout simplement la troisième personne du verbe choir au passé simple. Ce posé, il ne vous reste plus qu’à vous délecter de la vingtaine de variations humoristiques effectuées sur cette fable !
Ingrédients : un corbeau, naïf ou revanchard. Un renard, triomphant ou ridicule. Des fromages à foison. Des lieux variés. Une galerie de personnages célèbres.
Ajouter des contraintes oulipiennes, du genre anagramme, lipogramme, boule de neige… et de l’hypertextualité de parodie, allusion… Cuisson : cuire à l’étuvée dans une cocotte.
Un savoureux recueil d’intense qualité, se voulant aux antipodes d’un guide culinaire, et déposé sur votre table de chevet ou sur le bras de votre fauteuil préféré, prêt à être dégusté.
‘Le roman des regards’, de Daniel Pennac avec Laurent Mallet à la photographie chez Philippe Rey
Un texte original, très personnel, de Daniel Pennac sur son rapport à l’art, et sur l’œuvre d’un étrange photographe qu’on découvre ici avec jubilation.
« Je l’ai rencontré à Beaubourg. Un homme qui suivait les visiteurs et qui les photographiait, de dos, dès qu’ils regardaient une toile. J’ai mis un certain temps à découvrir qui il était, ce qu’il faisait, et comprendre enfin que j’assistais à la création d’une œuvre
profondément novatrice. Mon photographe saisissait les relations innombrables qui unissent les visiteurs de tous les musées aux créateurs de tous les temps. Ce faisant, il écrivait ce que j’appelle ici ‘Le roman des regards’. »
En tentant de déchiffrer le mystère de la création hors norme du photographe Laurent Mallet, Daniel Pennac élargit sa quête et livre un rapport très personnel sur son propre rapport à l’art.
Le récit d’une rencontre pour le moins originale et inédite, ayant pour centre d’intérêt l’observation de l’art pictural, traduite ensuite par l’art de l’écriture. Et à propos d’art pictural, vingt-quatre tableaux choisis par l’auteur figurent en plein milieu de cet ouvrage empreint d’une immense émotion.
‘Ce qui dévore la nuit’, de T. Kingfisher chez Verso
Après les terribles événements survenus au manoir Usher, Alex Easton a l’impression d’avoir survécu à une nouvelle guerre. Ka n’aspire désormais qu’au calme, à la routine et à quelques rayons de soleil.
Mais à la demande d’Angus et de Miss Potter, Alex prend la direction du pavillon de chasse familial, niché au cœur des forêts froides et humides de Gallacie. En théorie, même les automnes les plus sombres de Gallacie peuvent être propices au repos.
Mais à son arrivée, Alex découvre le gardien mort, le pavillon sens dessus dessous et les bois environnants plongés dans un silence aussi étrange qu’inquiétant. Les villageois murmurent qu’une créature du folklore local, un monstre capable de voler le souffle de ses victimes, a élu domicile sur les terres des Easton.
Alex sait qu’il ne faut pas accorder trop de crédit aux superstitions. Pourtant, quelque chose ne tourne pas rond. Ni dans la demeure familiale. Ni dans les forêts qui l’entourent. Ni dans les rêves qui hantent désormais ses nuits.
Après ‘Ce qui réveille les morts’ et avant ‘Ce qui rôde dans les ténèbres’, voici le deuxième volet de cette trilogie que signe T. Kingfischer, alias Ursula Vernon. Un deuxième opus aussi efficace que le premier, mais qui baigne dans une atmosphère oppressante et truffée de mystères.
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