par Vanessa Marchiori
9 octobre 2026
Vers 18 mois, l’enfant le plus doux du monde peut se transformer en petit volcan. Colères, refus, « non » en boucle : bienvenue dans le redouté « terrible two ». Rassurez-vous, ce n’est pas un échec éducatif : c’est une étape. Janette vous livre ses conseils pour la traverser avec plus de sérénité.
Un cerveau en construction
Entre 18 mois et 3 ans, votre enfant vit une révolution intérieure. Il découvre qu’il est une personne distincte de vous, avec ses envies et sa volonté propres. Mais son cerveau n’a pas encore les outils pour gérer ce que cela soulève. Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson, dans « Le Cerveau de votre enfant », décrivent un cerveau « d’en bas », siège des émotions, opérationnel très tôt, et un cerveau « d’en haut », celui de la réflexion et du contrôle de soi, qui se construit lentement. Chez le tout-petit, l’escalier entre les deux est encore en travaux. Quand la colère arrive, elle le submerge. Il ne la choisit pas, il la subit. Et il a besoin de vous pour la traverser.
Le « non » qui fait grandir
Ce « non » qui vous épuise est son pre- mier outil d’affirmation. Il dit : « J’existe, j’ai un avis.» Isabelle Filliozat, dans « J’ai tout essayé », rappelle qu’il ne s’agit pas de manipulation : à cet âge, l’enfant n’a pas la maturité pour vous tester froidement.
Quelques leviers simples :
Offrez des choix fermés. Plutôt que « tu t’habilles ! », proposez « le pull rouge ou le bleu ? ». Il garde du pouvoir, vous gardez le cadre.
Créez-lui un territoire de décision. Choisir le dessert, porter le pain, appuyer sur le bouton de l’ascenseur : minuscule pour vous, énorme pour lui.
Dites oui le plus souvent possible. Gardez vos « non » pour ce qui compte vraiment : la sécurité, le respect des autres, quelques règles de vie. Le reste est négociable, et ce n’est pas un renon- cement.
Remplacez le « non » par le « oui, dès que ». « Oui, on ira au parc, dès qu’on aura mis les chaussures.» Le message passe, sans le mur.
Laissez-le faire seul, même mal, même lentement. Prévoyez cinq minutes de plus, vous éviterez dix minutes de crise.
Désamorcez avant l’orage
La plupart des crises se préparent bien avant d’éclater. C’est là que vous avez le plus de marge.Repérez vos heures «à risque» et ce qui les déclenche. Fatigue, faim, retour de crèche, transition, magasin bondé : notez les moments où ça déraille, un motif se dessinera vite. Une compote avant les courses ou une sieste respectée règlent parfois plus de choses qu’un long discours. Annoncez les transitions. Passer d’une activité à une autre est difficile pour un tout-petit. « Encore deux tours de toboggan et on rentre », puis « c’est le dernier ». Un sablier rend le temps visible, donc acceptable.
Préparez les sorties. Dites le programme avant de partir : ce qu’on va faire, combien de temps, ce qu’on achète et ce qu’on n’achète pas. Un enfant qui sait ce qui l’attend s’oppose beaucoup moins.
Aménagez l’autonomie. Un marchepied devant le lavabo, des vêtements faciles à enfiler. Chaque geste qu’il réussit sans vous est une frustration en moins. Protégez la régularité. Mêmes repères pour les repas, le bain, le coucher : un enfant rassuré s’effondre moins vite.
Et soignez votre réservoir. Un parent épuisé s’agace plus vite, et l’enfant le capte aussitôt. Souffler, passer le relais : c’est de la prévention.
Au coeur de la tempête
La crise arrivera malgré tout. Votre rôle n’est pas de l’empêcher, mais de l’accompagner.Respirez d’abord. Prenez trois respirations lentes : inspirez par le nez en gonflant le ventre puis les poumons, expirez longuement par la bouche en vidant le thorax puis le ventre. Quelques secondes suffisent. C’est votre calme qui deviendra le sien.
Mettez-vous à sa hauteur. Accroupissez- vous, ralentissez vos gestes, baissez la voix. Sécurisez, puis attendez. Écartez ce qui peut le blesser et laissez la vague passer : une crise monte, culmine, redescend. Renoncez à le raisonner, son cerveau n’est pas disponible pour entendre vos arguments, les explications viendront après.
Nommez ce qu’il vit, en peu de mots. «Tu es en colère.Tu voulais rester.» Vous n’approuvez pas le comportement, vous validez l’émotion. C’est souvent ce qui fait redescendre la pression, proposez le contact sans l’imposer. Certains ont besoin de bras, d’autres d’espace : « Je suis là quand tu veux un câlin », et restez à proximité.Tenez votre position, avec douceur. Si c’était non, ça reste non. Céder au pic de la crise lui apprend que c’est ainsi qu’on obtient les choses. On peut être ferme sur la règle et doux sur la forme.
Et le regard des autres ?
Une crise au supermarché, et voilà la honte qui monte, avec la tentation de céder pour que ça s’arrête. Personne ne juge votre enfant : les parents autour de vous ont vécu la même scène. Concentrez-vous sur lui, pas sur la salle. Au besoin, sortez quelques minutes au calme, non comme une punition, mais pour lui offrir un espace où souffler.
Quand consulter ?
Si les crises restent quotidiennes et très longues au-delà de 4 ans, si votre enfant se fait mal ou ne revient jamais au calme, si le sommeil, l’appétit ou le langage sont durablement perturbés, parlez-en à votre pédiatre. Un accompagnement peut aider à dénouer la situation, pour lui comme pour vous.
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