par Charles Demoulin
21 juin 2026
Ce voyage, durant lequel vous allez découvrir une dizaine de nouveautés littéraires, s’effectuera cette fois sans le moindre arrêt au rayon thrillers et polars. Mais que tous ceux et celles qui affectionnent plus volontiers ce genre de littérature se rassurent, notre page ‘nouveautés’ de la semaine prochaine leur sera entièrement dédiée.
‘L’été des myrtilles’, d’Amanda Peters chez City
Juillet 1962. Sous le soleil brûlant du Maine, une famille travaille comme cueilleurs dans les champs de myrtilles. Mais un jour, l’impensable se produit : Ruthie, quatre ans, disparaît sans laisser de traces. Son frère aîné, Joe, est le dernier à l’avoir vue.
Les recherches menées par les membres de la famille sont vaines. Pour Joe, c’est le début d’un deuil impossible et d’une culpabilité qui va le hanter, jour après jour.
Des années plus tard, dans une banlieue aisée non loin de là, Norma grandit comme enfant unique, entourée de parents aimants, mais étrangement sévères. Au fil des ans, des doutes s’immiscent : pourquoi sa peau est-elle plus foncée que la leur ? Et d’où viennent ces rêves, tellement réalistes, de feux de camp et de bras chaleureux qui la bercent la nuit ?
Sentant qu’on lui cache la vérité, Norma part à la recherche de ses origines et de sa véritable histoire. Une quête qui va bouleverser sa vie.
D’une immense tristesse et d’une intense puissance émotionnelle, voilà un ouvrage qui va vous déchirer le cœur et vous marquera à jamais. C’est vrai que des cas semblables à celui de Ruthie, certaines d’entre vous en connaissent.
‘Le serment des Deverill’, de Santa Montefiore chez Verso
Le 28 décembre 2025, nous vous présentions ‘Le destin des Deverill’, quatrième volet d’une saga intitulée ‘Filles d’Irlande’. Que celles qui attendaient la suite avec grande impatience soient aujourd’hui comblées, puisque le cinquième tome de cette éblouissante histoire irlandaise est désormais disponible en librairies.
Afin de rédiger une biographie de la célèbre famille, Margot Hart se rend en résidence d’écriture au château Deverill désormais transformé en palace.
C’est à l’actuel Lord Deverill, JP, qu’elle doit s’adresser si elle veut percer les secrets du passé. Connu pour être un incorrigible solitaire, il ne se laissera pas apprivoiser sans combattre, mais Margot est déterminée, et elle ne se découragera pas facilement.
Elle parvient pourtant à amadouer le vieil ours qui lui révèle ses errements. Alcoolique et accablé par la responsabilité d’avoir accumulé les dettes qui l’ont contraint à vendre le château familial à la redoutable femme d’affaire Mrs de Lisle, JP est isolé et vulnérable.
Avec Colm, le séduisant héritier Deverill, Margot semble être la seule à pouvoir redresser la situation de JP. La famille parviendra-t-elle à réparer des fractures qui se sont creusées au fil des siècles ?
Toujours aussi passionnante et souvent surprenante, cette saga des Deverill vous fait aussi voyager à travers une Irlande qui vous dévoile ses différentes merveilles.
‘Premier corps’, de Morgane Az chez Plon
Août 2024, une maison de vacances sous le ciel brûlant. Entre les murs, Ysée veille sur les deux filles de Diane, sa sœur aînée, mais l’une d’elles échappe à son regard et se dirige seule vers la piscine.
Alors que l’accident se profile, elle ne parvient pas à agir. Lui revient alors une autre piscine, seize ans plus tôt, dans la même odeur de chlore sous le soleil et la présence entêtante de Martin, le premier corps qui a rencontré le sien.
À travers lui, Ysée avait franchi cet été-là un seuil dont elle espérait tout : un monde où elle existait sans Diane, loin des carcans familiaux.
D’une écriture subtile et sensorielle, ‘Premier corps’ déroule avec force le fil de la relation entre les deux sœurs, entravée par les failles et l’absence, mais aussi les rêves qui, en secret, ont échappé à l’une pour mieux habiter l’existence de l’autre. À quels extrêmes mènent les silences que l’on accepte de garder ? Ysée réussira-t-elle, dans un sursaut, à faire un dernier geste ?
Racontée à la première personne, cette histoire bouleversante, d’une justesse infinie, est à ne manquer sous aucun prétexte si vous êtes accros à ce genre de récit envoûtant, écrit qui plus est par une plume empreinte d’une certaine poésie.
‘Tent City’, de Tuyêt-Nga Nguyên chez M.E.O.
Née dans le Nord du Vietnam pendant la guerre d’Indochine, Tuyêt-Nga Nguyên a grandi dans le Sud pendant la guerre du Vietnam avant de venir en Belgique poursuivre ses études.
Elle a également vécu aux États-Unis et au Burundi. Après la victoire communiste, elle n’est plus retournée dans son pays natal que pour de brefs séjours, n’empêche qu’il est présent dans tous ses livres.
Elle rompt ici avec le roman réaliste ancré dans l’Histoire qui l’a fait connaître, pour offrir des contes, les uns traditionnels, d’autres inventés par elle ; notamment pour des enfants de boat-peoples réfugiés aux États-Unis dont elle s’occupait. D’où également le titre, qui est celui du camp où elle était active.
Elle les assortit d’anecdotes et de souvenirs personnels qui les mettent en perspective, et les entrecoupe d’extraits de poèmes et de chansons qu’elle a traduits et transposés, privilégiant leur âme et leur musicalité. Ces ‘interludes’ imprègnent l’ensemble du recueil de leur coloration mélancolique, voire d’une touche de folie.
C’est vrai que la littérature est l’âme d’un peuple. La preuve avec cet ouvrage écrit par cette femme que son pays a malmenée, a contraint à l’exil, mais qui portant demeure profondément ancré dans son cœur.
‘Confession d’un trader repenti’, de Gary Stevenson chez Massot
Depuis son enfance, dans les quartiers ouvriers de l’East-End londonien, Gary Stevenson rêvait d’une vie meilleure. De quelque chose de bien plus grand.
Grâce à son talent pour les mathématiques, il gagne un concours organisé par la Citibank. Le prix : un sésame pour une nouvelle vie en tant que plus jeune trader de cette banque. Un endroit où vous pouvez gagner plus d’argent que vous ne l’avez jamais imaginé.
Où vos collègues sont des génies un peu paumés, des gosses de riches et des psychopathes à la limite de la folie, mais où ils finissent par être votre famille. Où vous devenez rapidement le trader le plus rentable de la banque, gérant des milliards de dollars par jour. Où vous rêvez de chiffres en dormant, et où vous finissez par ne plus dormir du tout !
Que se passe-t-il quand le moyen le plus facile de s’enrichir consiste à parier sur l’appauvrissement de millions de personnes ? Quand vous voulez arrêter, mais qu’on ne vous le permet pas ? Car personne ne s’en va jamais.
Gary nous plonge dans un monde de luxe, de fêtes et d’excès, et dresse ici avec ironie le portrait des membres de ce ‘salon des vanités’ qui gouverne le monde et que même la pire des crises n’a pas réussi à renverser de chiffres en dormant, et où vous finissez par ne plus dormir du tout.
Il est évident que l’immense majorité des traders se reconnaîtront dans cet ouvrage signé par un… repenti qui nous décrit ce qu’était son milieu de vie. Le milieu de la finance qui, malgré toutes les crises qui ont traversé et traversent encore notre monde, ne cesse de rebondir et de s’enrichir.
‘Et laisser l’eau couler sous les ponts’, de Marjorie Levasseur chez Eyrolles Poche
Théodore et Célestin étaient unis comme les doigts de la main. Bien plus que des amis, ils étaient comme des frères. Et pourtant, ils ne se sont pas vus ni adressé la parole depuis plus de cinquante ans.
Ironiquement, c’est le décès de Viviane, la femme qu’ils ont tous les deux aimée, qui va les forcer à se revoir. Dans un document stipulant ses dernières volontés, elle leur confie une mission qui va les contraindre à cohabiter durant plusieurs semaines… à bord d’une péniche.
Entre non-dits et prises de bec, ces anciens amis parviendront-ils à s’expliquer et à effacer leurs vieilles rancœurs pour affronter ensemble ce qui les attend à la fin du voyage ?
En suivant Théodore et Célestin devenus aujourd’hui des septuagénaires tentant d’accomplir le dernier souhait de la femme qu’ils ont tous deux aimée, une femme qui est pourtant à la base de leur amitié à jamais rompue, vous avez dans les mains un roman tout en émotion, en poésie et en authenticité, écrit par une plume pleine de douceur qui vous entraînera de bien belle manière, sur ce qui sera le chemin de la réconciliation entre ces deux personnages que tout opposait.
‘Nos vies rêvées’, de Maurine Graas chez Empaj
Simon est un petit garçon rêveur et solitaire. Lorsqu’il arrive dans la vallée des Trois Moulins, il rencontre Jeanne, une fillette vive, lumineuse, tout son contraire.
Entre eux naît une complicité inattendue, faite de silences, de jeux et de secrets partagés. Jusqu’au jour où Jeanne demande l’aide de Simon. Pour elle, il est prêt à tout. Même à franchir certaines limites.
Jusqu’où peut-on aller pour sauver la personne qu’on aime ?
Entre justice et vengeance, entre rêve et réalité, ‘Nos vies rêvées’ explore les zones d’ombre qui habitent chacun de nous, ainsi que la frontière fragile entre l’innocence et la faute.
Marine Graas est médecin et mère de trois enfants. Elle aime observer les relations humaines et explorer leurs complexités à travers l’écriture. Elle pratique aussi l’improvisation, une passion qui nourrit son imagination.
Avec ‘Nos vies rêvées’, qui est son premier roman, elle signe un ouvrage sensible, profondément humain, où chaque silence, chaque choix, peut faire basculer une vie.
Écrit à la première personne par une plume aussi précise que le scalpel d’un chirurgien, c’est vrai que l’auteure est médecin, cet ouvrage se présente comme un roman initiatique doublé d’un drame psychologique.
‘La petite pianiste d’Erevan’, de Marina Yaloyan chez Albin Michel
Petite pianiste prodige, Verochka grandit à Erevan dans une famille d’intellectuels communistes, au milieu des livres, des certitudes idéologiques et de la musique qui lui ouvre un autre horizon.
Mais lorsque, en 1991, l’Union soviétique vacille, son univers se fissure et l’Histoire s’invite dans chaque foyer. La population crie famine. On brûle les livres pour se chauffer. La rue est le théâtre de violentes manifestations. Pénuries et guerres larvées sont la conséquence de l’effondrement du régime communiste à venir.
Verochka se raccroche alors à un espoir fragile : réussir le concours qui lui permettra d’intégrer une prestigieuse école de musique moscovite.
Chronique familiale, fresque poignante d’une époque, ‘La Petite pianiste’ raconte, à hauteur d’enfant, l’éveil d’une conscience, quand la musique et l’imagination deviennent les seuls refuges face à l’effondrement d’un monde.
Très vite, vous allez vous attacher à Verochka non seulement suite à son histoire, mais également et peut-être surtout, grâce à cette plume délicate, toute en poésie et en profondeur qu’utilise Marina Yaloyan.
‘T’attendre’, de Marianne Périlleux chez Academia
Un soir d’hiver, une alerte et l’ordre de rester chez soi, fenêtres et portes closes. Que se passe-t-il? Rien ne filtre ni sur les événements ni sur leur durée.
Les véhicules de police sont omniprésents et les médias, détournés, ne diffusent plus que des romances.
Isabelle, privée de sa fille Rose et de son amant Martin est, comme eux, condamnée à l’attente et à l’isolement. Seul le téléphone les relie encore. Commence alors pour Isabelle une plongée dans ses souvenirs, dont elle ne ressortira pas indemne.
‘T’attendre’ est un huis clos intime et dystopique qui interroge avec sensibilité la solitude, l’amour et la famille jusque dans ses secrets inavouables.
Un incroyable huis clos porté par une écriture qui vous happe et ne vous lâche plus dès que vous avez attaqué les premières lignes de ce roman qui n’est pas sans nous rappeler tous ces jours de confinement dus au Covid. C’est vrai que Marianne Périlleux a le don de nous tenir en haleine, même si son premier roman n’a rien d’un polar ou d’un thriller.
‘L’homme de pluie’, de Jonas Karlsson chez Actes Sud
Ingmar est veuf. Ancien metteur en scène, désormais retraité, il vit seul dans une maison trop silencieuse, avec pour unique consolation le jardin et les précieux rosiers que cultivait sa femme. Ils réclament de l’eau.
Or cet été-là, il ne pleut pas. La sécheresse s’installe, les restrictions tombent, et les fleurs commencent à mourir. C’est alors qu’Ingmar découvre, au fond du jardin, un vieux tuyau rouillé, presque dissimulé par les herbes. Lorsqu’il ouvre le robinet, le ciel se couvre. Et il se met à pleuvoir. Systématiquement.
D’abord utilisé pour sauver les roses, ce pouvoir discret attire bientôt l’attention. Les voisins s’en mêlent. Les rumeurs circulent. La municipalité, aux abois, cherche un miracle. Ainsi, Ingmar devient malgré lui l’homme de pluie, le sauveur. Ce jusqu’au jour où le tuyau se bloque, à un moment fatidique, et tout s’effondre.
Avec ‘L’Homme de pluie’, Jonas Karlsson signe un roman à la frontière du réalisme et de l’étrange, où l’absurde s’invite sans fracas dans le quotidien. Un récit tendre et ironique sur le deuil, le désir de réparation, et l’illusion de contrôle, où chaque goutte de pluie semble poser la même question : que reste-t-il quand le miracle cesse d’opérer ?
Même si cette nouvelle fable venue d’un pays appelé ‘Absurdie’ aborde des thèmes pour le moins très sérieux comme le deuil, le désir du contrôle… elle se lit avec délectation, ne serait-ce que grâce à cet humour espiègle dont elle est teintée.
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