par Vanessa Marchiori
11 mars 2026
Vous êtes là, en train de préparer la liste des courses. Les menus pour la semaine. Et vous devez mobiliser une concentration d’horlogère suisse: entre ce que l’un n’aime pas, ce qui déclenche des crises… et ce petit dernier qui «ne mange rien»!
L’appétit d’un enfant n’est ni régulier, ni rationnel. Il peut engloutir trois assiettes un jour et refuser une bouchée le lendemain, sans qu’il y ait pour autant un problème médical.
Ce refus peut avoir de multiples causes : une phase de croissance plus lente, un petit appétit fractionné, une fatigue sensorielle ou émotionnelle (trop de stimulations ou une journée stressante), ou encore une volonté de contrôle. Car oui, à table, l’enfant découvre un des rares espaces où il peut dire non. Ce qu’il accepte ou refuse de manger est une des premières sphères où il exerce son libre arbitre corporel. C’est une façon de tester son autonomie, d’affirmer son identité.
Autre piste fréquente : la néophobie alimentaire. Très courante entre 2 et 6 ans, elle désigne cette phase où l’enfant refuse les aliments nouveaux, ou ceux dont l’aspect ou la texture lui semble étrange. C’est une réaction de protection inscrite dans notre évolution : dans la nature, refuser ce qu’on ne connaît pas pouvait autrefois éviter l’empoisonnement.
Aujourd’hui encore, le cerveau de l’enfant perçoit certains aliments inconnus comme potentiellement menaçants, il faut donc les apprivoiser lentement. Et souvent, ce n’est pas qu’il ne mange pas. C’est qu’il ne mange pas ce qu’on attend qu’il mange !
Repenser les repas, c’est accepter que tout commence bien avant de s’asseoir à table. La curiosité ne naît pas devant une assiette imposée, mais dans le chemin qui y mène. Aller faire les courses avec son enfant, choisir ensemble un légume, le toucher, le sentir… Tout cela prépare déjà le terrain. L’enfant devient acteur, pas simple spectateur.
Et puis, il y a la préparation. Couper, mélanger, goûter, poser des questions. Comment préfèrerait-il manger le brocoli ? En purée, en petits morceaux, avec une sauce au fromage, sous forme de mini-flan ? Peu importe la forme, tant que l’expérience est partagée. Soyez créative, osez détourner, jouer avec les textures et les présentations. Ces moments-là ne nourrissent pas seulement le corps : ils fabriquent des souvenirs, de la complicité, et une relation apaisée à la nourriture.
Et puis, ce goût pour l’exploration, cette petite aventure autour des brocolis ou des lentilles, c’est aussi un excellent terrain d’apprentissage. Un enfant qui apprend à être curieux à table, qui ose goûter sans être forcé, qui questionne, c’est un enfant qui développe une posture précieuse pour toute sa vie. Celle de l’ouverture, de la découverte.
Pas besoin, bien sûr, de faire de chaque repas un atelier Montessori ou une « masterclass » de cuisine. On peut être curieux sans être parfait. Même si vous ne savez pas cuisiner, même si vous avez peu de temps. Une remarque toute simple peut suffire à semer une graine : « Regarde Mamie comme elle aime les blettes.», « Moi, petite, je n’aimais pas ça du tout… et maintenant j’adore.»
Ce qui compte n’est pas la performance ni le résultat. C’est l’ambiance, le ton, la disponibilité. Une cuisine imparfaite mais joyeuse vaut bien mieux qu’un plat raffiné sous haute tension. Et surtout, ne cherchez pas à tout faire à chaque repas. Un petit moment par-ci, une mini-découverte par- là… C’est déjà beaucoup.
Une fois à table, tout repose sur le cadre, bien plus que sur le contenu de l’assiette. Des horaires réguliers, une ambiance calme, des règles simples ; on mange assis, on ne commente pas l’assiette des autres, on goûte, on dit non avec respect, voilà les fondations d’un rituel serein.
Et si votre enfant ne mange pas ? Pas de chantage, pas de menace, pas de crise, pas de récompense déguisée (“pas de légumes, pas de dessert”) : cela transforme le repas en transaction et renforce le rejet. À la place, on peut poser une question ouverte, avec calme : “Qu’est-ce qui ne te plaît pas ? Le goût, la texture, la couleur ?”, juste pour l’aider à mettre des mots.
C’est en posant les bases d’un moment prévisible, clair, et respectueux que vous instaurerez un vrai rituel de convivialité. Le reste viendra avec le temps.
Le repas n’est pas un test de parentalité. Ni une performance nutritionnelle. C’est un rituel de retrouvailles. Un moment de lien. Une scène de la vie ordinaire, pas un tribunal. Il y aura des légumes oubliés, des jours sans appétit. Ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est ce que l’enfant ressent à table: une sécurité, une liberté, une possibilité.
Alors, que pourriez vous préparer ensemble ce week-end ?
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