#Janette bien dans sa tête | #Psycho & Bien-être

La peur de vieillir nous rend la vie dure

par Claudine Boulanger-Pic

23 janvier 2021

Prendre conscience qu’on vieillit, en se regardant, en le ressentant et en le pensant, cela peut secouer. Quel que soit notre âge nous sommes susceptibles d’être inquiets ou sur la défensive. Pourtant nous sommes tous différents, à chacun sa propre histoire et ses cartes personnelles en mains.

Généralement, avons-nous peur de vieillir ?

Oui, c’est le cas de la majorité des Français de moins de 65 ans interrogés par l’Institut Ipsos en 2019 et c’est bien compréhensible. Cette appréhension est palpable, parfois aussi excessive, irrationnelle. Elle est suractivée par trois facteurs : les messages sociétaux qui plombent, les carences en optimisme qui affaiblissent, les films imaginaires anxieux qui passent en boucle dans la tête.

Vieillir, c’est vivre

Certains vieillissent plus vite que d’autres et pas ceux auxquels on pense. Les enfants sont les plus rapides.  En définitive, c’est aussi banal que non extraordinaire !

Le vieillissement est dynamique. C’est un processus continu et progressif. Les psychologues y voient même le développement de nouvelles capacités, l’accès à de nouvelles opportunités et même une transformation psychique vers l’intériorité, bref, un nouveau soi altruiste à découvrir.

Bien vieillir, un modèle ?

Notre culture occidentale considère que vieillir, serait plutôt moche. En réponse, la réaction dominante est de vouloir bien vieillir et de se rassurer avec un modèle de vieillissement actif et réussi. Repoussant le déclin physique, psychique et social, les personnes pourraient ainsi se préserver de la perte d’autonomie, fléau personnel, social et économique.

Sauf que s’ajoute une représentation bipolaire de ceux qui font bien, valorisés, et de ceux qui font mal, stigmatisés. Puisque vieillir est un processus individuel, ne le figeons pas dans une norme à atteindre ! En revanche, ne confondons pas la fin et les moyens. Ce n’est pas une raison pour se priver de connaitre les recommandations de prévention.

La vieillesse est la toute dernière période du vieillissement. On a le temps de voir venir. Elle ne survient pas forcément à cause de pathologies, invalidités, dépendance. Elle arrive surtout si on sombre dans une immense mélancolie, dans un découragement qui gèle le goût de vivre. Comment l’âge de la retraite peut-il encore être associé à la définition sociale de l’entrée dans la vieillesse ? Statistiquement, il y a un quart de siècle de distance et plein de choses à vivre.

Pour faire face à l’accélération du vieillissement évitons la sinistrose :

1. Se protéger des messages sociétaux négatifs qui conditionnent.

Même si les représentations commencent à bouger grâce aux baby boomers célèbres, la société, c’est-à-dire nous, Janette, livre encore un portrait assez désespérant de la vieillesse, rempli de clichés, de stéréotypes réducteurs et d’injonctions alarmistes. 

Ces clichés et idées toutes faites peuvent devenir des croyances fortes : que la vie est derrière nous, qu’il n’y a que du mauvais à attendre ou qu’on doit lutter et faire des efforts sans relâche pour rester autonome.

Le filtre de nos croyances conditionne nos attitudes et nos comportements qui ont alors un impact sur notre santé et notre vitalité. Comme inconsciemment, nous cherchons à valider nos croyances, les changer devient de plus en plus difficile.

Des chercheurs ont observé que des Seniors, exposés à l’image de gens âgés présentant des troubles de la mémoire, sont assaillis de doutes sur leurs propres capacités, résultat: un déclin similaire de leur propre mémoire.

Ainsi il est certain que porter son attention sur des images et des informations extérieures gratifiantes et positives accroît la confiance, essentielle pour surmonter l’anxiété de vieillir.

2. Visualiser positivement son vieillissement

Une option radicale : accepter de vieillir en aimant la personne âgée que l’on deviendra.

Personnellement, je me vois bien vieillir toujours active, vive et farceuse, comme ma grand-mère.

Se projeter dans son vieillissement n’est pas du masochisme. Plusieurs études ont démontré que les personnes ayant une représentation positive de l’âge vieillissent mieux : la probabilité qu’elles adoptent des comportements de prévention-santé augmente. D’autres recherches suggèrent que les optimistes sont en mesure de se remettre plus efficacement des difficultés et des moments de stress. Par ailleurs, ces personnes ont tout simplement tendance à avoir des habitudes de vie plus saines. A noter que l’optimisme s’entraine comme un muscle !

Conclusion : plus la personne peut se projeter positivement dans son vieillissement, plus grande est la chance qu’il se passe mieux.

3. Affronter et désamorcer les peurs de vieillir

L’anxiété de vieillir est sensible, et de plus irrationnelle.

Comme déjà mentionné, l’institut d’études Ipsos a interrogé les Français de 16/64 ans en 2019

  • 19% ont déclaré qu’ils avaient l’envie de vieillir. 23ème score sur 30 pays.
  • 20% pensent rester en forme et en bonne santé. 29ème score sur 30 pays.

Et en effet, nous sommes 65% qui avons peur de mal vieillir. Les peurs, dans l’ordre, sont manquer d’argent, perdre en mobilité, avoir des pannes de mémoire, être limité dans ses actions, manquer de lien social et être malade… aujourd’hui nous pouvons ajouter attraper le coronavirus.

Ces angoisses ne sont pas infondées, de telles situations existent, mais leur représentation est démesurée. Parce que face à une situation menaçante, le cerveau se raconte des histoires qui vont embarquer son auteur et le conditionner. Les psychologues parlent alors d’impuissance apprise.

Se risquer à vieillir, c’est oser le pari de l’inconnu, de l’aventure. Sinon, d’un côté, une vie sécurisée et prévisible mènerait à mourir d’ennui. Un comble ! De l’autre côté, trop de peurs pourraient paralyser et empêcher de vivre. Un second comble.

La peur n’est pas négative puisqu’elle alerte que quelque chose ne va pas et qu’il faut être vigilant. Mais si elle devient envahissante et chronique et notre unique grille de lecture, c’est très dangereux.

Autrement dit, anticiper le vieillissement avec anxiété gâche la vie et empêche d’être disponible aux situations réelles. Les peurs de vieillir sont souvent pires que le vieillissement lui-même.

Et si j’ai toujours peur de vieillir ?

Une seule piste : se remotiver.

Afin d’éviter le triple piège que nous venons d’évoquer, se familiariser et s’investir dans son vieillissement aide à évacuer la frousse. Une motivation interne est plus efficace qu’une motivation dictée de l’extérieur. Si en plus, elle vise à obtenir une bonne chose, elle peut être plus puissante que s’il s’agit d’éviter un risque. Continuer à avoir des projets et s’investir pour leur aboutissement est essentiel.

Pour empêcher le cerveau de gamberger, il est possible de le stimuler avec cette pensée à propos du temps qui passe : « j’ai la chance de pouvoir le vivre pleinement, au plus proche de moi et de ceux que j’aime. Je chasse la tristesse de m’en priver à cause de la peur. »

Ce n’est pas un secret, vieillir est aussi une question de motivation. Motivation  pour chacun à vivre et à réaliser sa belle personne depuis qu’elle est née et aussi longtemps que possible.

Alphonse Allais a écrit « J’ai décidé de vivre éternellement et pour l’instant tout se passe comme prévu. »

les derniers articles Janette bien dans sa tête